Une recomposition politique, mais laquelle ?

Non classéle 26 avril 2017Sans commentaires

Le résultat du 1er tour de la présidentielle nous propose-t-il une recomposition profonde du paysage politique français ou est-il le simple fruit d’un concours de circonstances exceptionnelles ?

L’enlisement du leader de la droite traditionnelle dans une succession de mensonges et de postures victimaires est une de ces circonstances. Le bilan du Président en place – conduisant ce dernier à ne pas se présenter et, par voie de conséquence, à marginaliser son parti -, en est une autre.

Un bloc de 4 avait structuré l’offre politique française en 2007, puis en 2012. Un autre émerge au soir du 1er tour de 2017, est-il si différent ?

L’absence de la droite traditionnelle du 2nd tour, dans une élection qui lui était promise, ne saurait être la conséquence de la seule inconséquence de son représentant. Se projetant, dès 20h01, vers les législatives, ses responsables ne peuvent faire l’économie d’une réflexion et d’un choix quant au positionnement de la droite. Elle a deux options. La première Droite Forte/Sens commun lui offre une base électorale hyperactive, furibonde et quasi fanatisée. Ce retour à la « droite légitimiste » l’enferme tant cette base peinera à s’élargir. La seconde consiste à recoller les morceaux avec ses vieux alliés UDI tout en renouvelant la génération de ses représentants. Dans l’intérêt de la démocratie, la seconde option est préférable mais est-elle encore possible ?

L’effacement du PS va de pair avec l’émergence d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Le premier a eu l’audace de se lancer voici un an, les circonstances évoquées plus haut lui ont ouvert le chemin. Le profil de ses principaux soutiens dessine une recomposition du PS autour de lui ; un PS qui aura alors fait son « Bad-Godesberg » malgré lui. Devenu social-démocrate, ce parti verra alors en Macron – si nous continuons à filer la métaphore allemande – un Gerard Schröder français qui jettera définitivement aux oubliettes le vieux logiciel socialiste. Les centristes qui l’ont rejoint en espérant retrouver les accents perdus du Modem des premiers jours seraient marri, une nouvelle fois. Surtout, l’idée d’un centre indépendant aura alors totalement disparu de l’échiquier politique.

Jean-Luc Mélenchon revendique d’ores et déjà l’héritage de la gauche, républicaine, laïque et révolutionnaire pour incarner une 2e gauche qui imaginera être la seule.

A l’ombre des 4 précédents, depuis plusieurs années maintenant, les propositions politiques alternatives se contentaient des miettes et s’égaraient le plus souvent dans des chemins absurdes ou complotistes. L’élection présidentielle a confirmé ce schéma : les 6 « petits » se partageant 8.5% des suffrages.

S’il s’agit d’une recomposition, ce nouveau cartel de 4 améliorera-t-il notre démocratie et notre situation politique ? Rien n’est moins sûr.

Outre que les différences avec le précédent ne sautent pas aux yeux, il manque toujours une proposition de transformation en profondeur de notre organisation politique, économique et sociale. Le citoyen est aujourd’hui enfermé dans un carcan électoral. Il ne peut en sortir, ni lui, ni aucune idée neuve. Dès lors, le débat politique tourne en rond autour de rêves anciens – école républicaine et méritocratie, « sécurité sociale », « pays des droits de l’homme », etc.  Nostalgiques, conservateurs, souvent moralisateurs, progressistes mais sans idées très convaincantes, les nouveaux 4 semblent tout autant incapable d’apporter des réponses adaptées à l’époque et porteuses d’espoirs à une population française encore plus divisée.

Il faudra donc que des « petits » (mouvements citoyens, formations politiques) continuent à porter – et se fédèrent pour le faire efficacement- cette volonté d’une modernisation radicale de la démocratie française afin de faire émerger des hommes et des femmes en capacité de proposer et tester des idées neuves.

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