Où va Emmanuel Macron

Non classéle 22 novembre 2016Sans commentaires

Emmanuel Macron a donc annoncé qu’il était candidat à la candidature. A l’aune de ce que j’ai écrit précédemment, je pourrais considérer avoir fait fausse route. Pourtant, la lecture attentive de ses premières propositions, du fond et de la forme de son annonce de candidature, confirme l’illusion de la « refondation politique » affichée. En conséquence, cette annonce ne me paraît toujours pas sincère.

Les premières propositions, tout ca pour ca ? C’est trivial, mais ce fut ma réaction à la lecture des premières pistes (nationalisation de l’Unedic, autonomie des écoles primaires, etc.). Après avoir passé des mois à « marcher », à recueillir les avis des français, les premières propositions sont inconsistantes, même si un magasine comme « Challenges » considère qu’il s’agit d’une remise en cause révolutionnaire du modèle social.

Régulation du marché de l’emploi

Le marché de l’emploi dysfonctionne. Déséquilibre offres-demandes, mutation du marché, notamment par la révolution numérique, lourdeurs bureaucratiques de Pôle emploi et de la protection sociale, disparition statistique d’un grand nombre de concitoyens quand on mesure le chômage en France, 2nde chance par la formation inexistante. Tel est le constat. En réponse E Macron veut nationaliser l’Unedic, élargir les droits au chômage aux démissionnaires et aux indépendants pour, je cite, « faire de la protection face au chômage et de la formation professionnelle des prestations universelles ». On peut débattre autour de cette déclaration d’objectif, assez floue pour ne déplaire à personne. En revanche, les moyens proposés sont étonnement erronés. Enlever au paritarisme la gestion de l’allocation chômage pour la confier à l’Etat et lui laisser la gestion de la formation professionnelle, c’est ne pas voir le réel. Le système assurantiel français contre le chômage pâtit de sa bureaucratisation et de sa méfiance à l’égard de ses usagers, tous fraudeurs potentiels. Ce n’est pas en le passant sous la coupe de l’Etat que cela va s’arranger.  A l’inverse, la formation professionnelle pâtit du paritarisme qui en a fait son fromage, nonobstant son inefficacité complète pour la population active. La laisser entre ses mains est irresponsable et bien éloigné de l’objectif énoncé.

Moyens et autonomie pour l’École

L’idée de promouvoir une École « différenciée » rompt avec le mythe républicain de la même École pour tous. C’est une bonne chose de la dire dès lors que chacun s’en est rendu compte. Cet objectif s’accompagne d’une promesse de moyens et d’autonomie pédagogique pour les établissements des territoires défavorisés. Puis, paradoxalement, d’un engagement de refonte de la carte scolaire pour la rendre moins contraignante, …. qui balaie tout l’intérêt de la première partie du propos. Quels parents attendront les effets d’un changement au sein de leur école alors qu’ils pourront changer leur enfant pour une autre école ? Sur le reste du propos, l’ensemble du raisonnement d’E Macron est fragilisé par la référence au pourcentage d’une classe d’âge atteignant le Bac (86%). Il semble faire de cette situation un constat positif pour conforter l’organisation du collège et du lycée, écartant de fait les enseignements des comparaisons peu valorisantes avec les jeunes européens (test PISA). Outre qu’il ne s’agit pas de la mesure de ceux qui seront titulaires du Bac (78%, l’écart représentant 65 000 personnes par an), il oublie les deux échecs majeurs de notre instruction publique. D’une part, 10% d’enfants, chaque année, sortent du système scolaire, quasi illettrés. D’autre part, parmi ceux qui auront le Bac, à peine la moitié sera diplômée de l’enseignement supérieur. Voilà deux des gâchis de notre système éducatif, voilà une donnée qu’un candidat à la candidature présidentielle devrait connaître.

Si le fond est léger, la forme est très travaillée. La déclaration de candidature symbolise cette dualité. Quelques rares journalistes ont pointé la théâtralisation de la déclaration dans un lieu symbolique, un centre de formation et d’apprentissage, dans le 93, mais en l’absence des personnes concernées (apprenants et enseignants), et sans temps d’échanges avec eux. 200 journalistes, la privatisation d’un lieu public, aucun contact avec les usagers, on ne saurait faire plus clair comme symbole. A minima une erreur.

L’indépendance ou une OPA non amicale sur le PS ?

J’écrivais l’artifice de la démarche voici un mois et demi. Depuis, la recherche de parrainages ne semble guère initiée (hors qq sms aux parlementaires socialistes) et la collecte de fonds est difficile. L’Association de financement du parti l’Association pour le renouvellement de la vie politique – le nom initial – est devenue « l’Association de financement de l’association En Marche (AFEMA) ». Est-ce suffisant pour collecter le 20 millions nécessaires à une campagne présidentielle ? Comment s’affranchir alors des contraintes relatives à une campagne présidentielle ?

A moins que la démarche ne porte ailleurs. Considérant le resserrement du jeu électoral, pourront difficilement co-exister des candidats visant le même électorat (d’où les primaires) . Le calendrier de déclaration indique une volonté d’impacter celles-ci. Et de faire un pari sur le renoncement de François Hollande, et sur le chaos qui s’en suivrait pour la « primaire socialiste ». Un E Macron alors en campagne pourrait-il proposer au PS de le soutenir , lui apportant ainsi fonds et parrainages ? La présence de G Collomb et des « guérinistes » à Marseille à ses côtés préfigure alors une OPA des socialistes « pragmatiques » sur le PS.

Le temps court dans lequel Emmanuel Macron s’est inscrit (perspectives 2017) lui interdit un positionnement « contre le système ». Tout au moins de façon crédible. Dès lors, il lui reste la possibilité de s’appuyer sur lui pour en apparence le secouer, et c’est ce à quoi il s’est attelé.

No Responses to “Où va Emmanuel Macron”

Leave a Reply