Ou sont nos hussards noirs ?

Non classéle 27 février 2016Sans commentaires

Les « hussards noirs de la République », une image devenue le symbole de la place de l’enseignement public dans la force de la République. Courte parenthèse ici pour en rappeler l’origine : un livre de Charles Peguy (L’argent) comparant les enseignants de son enfance avec l’escadron de cavalerie formé en 1793 pour défendre la République.

Pour Peguy, c’était une ode à l’école de la République et aux enseignants. La France vit le niveau d’éducation s’élever, la place de l’Eglise reculer et le français s’imposer comme langue commune. Les maîtres et maîtresses d’école incarnaient une « métaphysique positive, une métaphysique du progrès ».

En décembre, le Nouvel Obs – que l’on ne saurait classer parmi les médias les plus alarmistes -, s’inquiétait de l’ingérence de la foi religieuse à l’école.  A l’appui d’une étude du CNRS (et Sciences Po Grenoble), l’accent est mis sur les points d’incompatibilité soulevés par les collégiens entre leurs croyances religieuses et l’enseignement public. Ils semblent de plus en plus nombreux.

En parallèle, en direct sur un plateau télé, la Ministre de l’Education Nationale, fut incapable de réagir, en direct, à des propos politiques rétrogrades parce que ces derniers étaient mâtinés de religion.

Cette paralysie résonne à mon oreille comme un écho à l’affirmation de D Cohn-Bendit sur un autre plateau télé – débat avec Finkelkraut -,  relative à la déchance du rêve républicain ».

A ce rêve déchu qui constituait le ciment de la communauté française peuvent se substituer bien d’autres rêves. Hors, la religion – a fortiori lorsqu’elle est instrumentalisée – est un hôte complaisant avec ceux en perte de repères. Elle offre des perspectives – la mort pour les interprétations les plus absurdes – , des rites nimbés de principes pour donner sens à des modes de vie, une communauté là où , a fortiori, la communauté nationale/citoyenne semble avoir trahi.

Il ressort de l’étude citée plus haut que les enseignants sont le plus souvent démunis face à ce que soulèvent les collégiens. Le silence de notre Ministre en est le symbole.

Il fait aussi écho à l’absence de conviction ou d’idéal du personnel politique. Il y a les éléments de langage, les postures électorales, les discours mais ou sont les idées ? A force de se considérer comme des professionnels, ils sont devenus des techniciens de la politique, sans imagination, sans espoir et surtout, étanches au réel.

En toile de fond, ne perdons pas de vue l’affaiblissement régulier de notre système d’instruction publique. Seule notre côté cocardier nous pousse à refuser le diagnostic, arguant contre toute réalité que nous avons le meilleur système éducatif au monde. Et oublier ainsi que 19% des élèves de 15 ans sont « peu performants à l’écrit » (test Pisa), ce qui nous place en dessous de la moyenne européenne.

Qui ne voit pas le lien entre faiblesse du niveau d’instruction et retour du religieux ? Le phénomène s’inscrit dans un contexte durable de difficultés économiques et sociales. Il favorise donc les conservatismes en tout genre et les nouvelles constructions identitaires.

Nous avons donc besoin d’un nouveau fil conducteur pour faire société ; au XXIe siècle, en France, maintenant, pour nous sortir par le haut des combats nostalgiques qui dominent le débat politique.

Celui auquel je crois s’appuie sur la volonté constante de moderniser notre société. Promouvoir les savoirs, la connaissance, et dans ce but, repenser/réorganiser complètement notre instruction publique pour que les enfants soient instruits et connaisseurs du monde. Qu’au sein de l’école républicaine, nous soyons capables de connaître les religions et de repousser les croyances. Que cette aspiration à apprendre, connaître, comprendre devienne le fondement identitaire d’un nouveau système éducatif, et par là, peut-être, un moyen de (re)donner sens et confiance en la République. Sans nostalgie ni plagiat du passé, quelques « hussards noirs » deviennent nécessaires.

No Responses to “Ou sont nos hussards noirs ?”

Leave a Reply