Le mirage de la formation continue en France

Actualités, Non classéle 2 février 2017Sans commentaires

La seconde chance nécessaire

Il y a quelques vieux poncifs dans la vie politique française. Parmi ceux-ci, la réforme de la formation continue ou professionnelle figure en bonne place. Le consensus sur l’inefficacité de l’organisation actuelle n’augure pourtant ni de propositions, ni d’un débat sur le sujet. Les candidats à la présidentielle sont très timides sur les alternatives.

Hamon évoque un « droit universel à la formation tout au long de sa vie » sans plus de précision, et Fillon, pourtant initiateur du DIF, ne parle que de « généraliser l’apprentissage dans l’enseignement professionnel ». Mélenchon n’aborde le sujet ni ne le propose sur son site participatif. A l’identique chez Le Pen dont le programme de 2012 ignorait déjà le marché du travail. Jadot, qui veut « améliorer la vie quotidienne des françaises et des français » n’a pas plus d’idées en la matière. Finalement, parmi les candidats testés dans les sondages, seul Macron évoque « tous les actifs devront pouvoir bénéficier de ressources pour se former et pouvoir s’adresser directement aux prestataires de formation, sans intermédiaire ». Sa volonté affichée de maintenir ce sujet entre les mains du paritarisme semble toutefois parfaitement contradictoire.

Cet enjeu central à l’organisation économique et sociale en France ne déchaîne donc pas l’enthousiasme. Pourtant, la plus grande part des personnes en recherche d’emploi (et de ceux qui ont renoncé) dispose d’un niveau d’instruction modeste. Ainsi, plus de 80% des personnes inscrites à Pôle emploi ont-elles au mieux le Bac (60% ont au mieux un CAP). La corrélation entre emploi et instruction/qualification est au moins au question qui se pose.

Suffit-il de penser qu’avec le temps, le phénomène ira décroissant ? Peu probable. En effet, si nous sommes parvenus à ce que 75% d’une classe d’âge atteigne le Bac, seule 42% de cette même classe d’âge aura un diplôme de l’enseignement supérieur. Outre qu’il y a là un gâchis terrible qui devrait interroger les responsables politiques, la question de la qualification de la population active française demeure entière.

Dès lors, quid de ceux, nombreux, à qui la formation initiale n’a pas permis d’acquérir une qualification ? Focalisons-nous sur une seconde chance – d’accès à une qualification – manifestement nécessaire.
Depuis combien de temps pointe-t-on dans d’innombrables rapports l’inefficacité des 30 Mds€ consacrés à la formation professionnelle ? Bien avant la naissance des générations Z, Y et peut-être X. A-t-on déjà essayé sérieusement de remettre en question le cadre légal et l’organisation en la matière ? Jamais. Les DIF, et surtout les CPF et autre CPA sont si complexes qu’ils sont des défis à l’intelligence.

L’objectif d’une remise à plat complète est simple : que chaque individu puisse se former une fois dans sa vie si la formation initiale lui a manqué. Les possibilités d’acquérir un nouveau métier et/ou de compléter sa formation découleront ensuite de la nouvelle organisation que nous aurons imaginée. L’Etat peut-il s’en charger dans le cadre d’un service public ? Peu crédible si on observe les résultats en matière d’orientation ou d’emploi. Le paritarisme ? Les résultats actuels ne plaident pas un statut quo en la matière. Il faudra donc inventer une autre organisation.

Impacts attendus : nous nous définissons largement à travers ce que nous faisons, notre métier. Cette seconde chance sera un acte significatif d’une société exigeante et bienveillante. Elle permettra une élévation du niveau moyen de compétences de la population active dont on peut légitimement espérer accroissement de l’activité, des emplois créés et de la productivité.

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