Combien de temps encore les +65 ans choisiront-ils notre avenir ?

Non classéle 14 décembre 2016Sans commentaires

Ils se sont massivement déplacés pour choisir entre Fillon et Juppé dans la primaire de la droite (43% des votants étaient des retraités). Ils avaient déjà largement contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Il était acquis depuis longtemps que cette partie de la population exerçait plus volontiers son devoir civique. Cela s’est accentué ces dernières années. 67% des retraités ont participé aux élections régionales, contre un taux de participation moyen de 50%, 76% aux municipales contre 61%. Dès lors, les retraités représentent 50% des votants alors qu’ils ne constituent qu’un tiers du corps électoral. Les partis politiques ont bien sûr appréhendé et intégré cette évolution. Les projets de Fillon ou Juppé sont nostalgiques des années 80 – et des réformes que la droite n’a pas faites à cette époque – et profondément conservateurs. Le message pour les retraités est simple : « notre modèle est le bon mais il coûte trop cher. Nous allons donc en réduire le coût en faisant porter ces efforts sur les actifs – réduction du nombre de fonctionnaires, réduction des cotisations sociales, grignotage comptable sur la sécurité sociale, etc. » Le PS et le FN sont malheureusement engagés à l’identique dans cette chasse aux voix du monde d’avant, et il est probable que 2017 ne voit aucune proposition de transformation économique et sociale davantage soucieuse des générations au coeur de la population active.

Une société peut-elle avoir des inactifs plus riches que les actifs ?

Les retraités sont en moyenne plus riches que les actifs. Sans précédent depuis les premiers âges de l’humanité, cette réalité se fait pour autant très discrète dans le débat public. Patrimoine (ce qui peut sembler logique), revenus (ce qui l’est moins), en moyenne les retraités dépassent les actifs dans tous les domaines. Établie dans les années 90, cette situation s’est amplifiée depuis, démontrant s’il en étant besoin, que le personnel politique au pouvoir depuis a privilégié cette partie de la population, sachant qu’il peut compter sur sa mobilisation électorale. Elle est pourtant mal connue de nos concitoyens, qui, par la vertu de quelques marronniers médiatiques,  continuent de penser que les personnes âgées sont plutôt pauvres et isolées. Or, bien qu’elle bouleverse le pacte intergénérationnel sur lequel était fondé le « modèle économique et social français », aucun projet politique significatif n’évoque le sujet.

Rééquilibrer le pacte social au bénéfice des actifs

Sans exhaustivité, quelques thèmes sont symboliques de la volonté de mettre, ou non, les actifs au coeur du débat public.

La réorganisation du système de retraite – intégrer le choc démographique consistant à passer de 4 cotisants pour 1 retraité (1960), à moins de 1.5 cotisants pour un retraité suppose d’autres approches que le simple report du départ à la retraite. Demander aux retraités les plus aisés de remettre au pot serait certainement difficile, mais l’idée est-elle à exclure ?

Parmi les autres options à explorer, l’unicité du système est incontournable. L’adaptation aux évolutions du monde du travail contemporain suppose un seul système, nonobstant le métier pratiqué, car nous en avons déjà changé et nous en changerons plusieurs fois. Ce qui signifie la fin de la césure public/privé et celle des régimes spéciaux.

La rénovation de l’Ecole de la République – enkystée dans des débats sans fin sur la rôle des profs et des parents, la réflexion sur l’Ecole est bridée par la nostalgie des générations d’après-guerre. L’alliance du plein emploi et de la méritocratie républicaine a figé l’organisation.

Il est l’heure de concevoir une nouvelle Ecole, – nombre de jours, rémunérations, formation initiale des enseignants, liberté de faire d’autres métiers avant ou après avoir enseigner, organisation des journées, numérique -, il faut tout changer pour un système d’instruction publique où chacun pourra donner le meilleur de lui-même.

La progression professionnelle sur d’autres critères que l’ancienneté – la création d’une seconde chance de formation est un impératif. Il concerne ceux sortis sans rien de la formation initiale et tous ceux que la mondialisation pousse à se reformer. En l’état, l’organisation de la formation professionnelle est une poire pour des soifs syndicales, elle est peu utile à la population active.

La société se tourne vers le passé quand l’avenir est auréolé de craintes. Nous avons besoin d’un projet de transformation économique et sociale, porté par la remise en question du vieux cadre des trente glorieuses et par de la bienveillance. Seule cette perspective donnerait des raisons objectives aux moins de 40 ans de prendre leur place dans le débat politique.

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