Chômage, Macron, l’étrange réforme

Actualités, Non classéle 26 mars 20171 Commentaire

Emmanuel Macron propose une nouvelle approche du chômage, et fait de celle-ci un axe fort de son projet. Force est de constater qu’il est le seul à s’attaquer au sujet. François Fillon compte sur la baisse des charges, de la fiscalité et le renoncement aux 35h et leurs effets magiques. Benoît Hamon semble avoir renoncé à l’idée qu’il puisse y avoir du travail pour tout le monde. S’il propose classiquement un grand plan d’investissement supposé créer des emplois, son projet est surtout marqué par sa vision d’un revenu universel d’existence et d’une taxe sur les robots.

Les autres ayant renoncé à une organisation du marché du travail, examinons avec attention ce que propose Emmanuel Macron.

En substance, celle-ci repose sur deux piliers : l’abandon du système assurantiel pour un système ouvert à tous et le renforcement de l’encadrement des chercheurs d’emploi.

La fin du système assurantiel, pour quels horizons ?

Depuis l’invention de l’assurance chômage en 1958, la philosophie du système est simple. Dès lors que vous êtes salariés, une partie des cotisations prélevées sur votre salaire alimentent un fonds assurantiel que vous pouvez solliciter dès lors que le « risque » chômage survient. Vous êtes alors indemnisés. Les partenaires sociaux font régulièrement évoluer les règles (montant, durée minimum de cotisation, durée d’indemnisation, etc.) mais le principe est intégré par la population active.

Le projet « En marche » veut donc y mettre fin et le remplacer par un droit ouvert à tous, ex salariés et ex non salariés. Cela présente une certaine cohérence au regard de l’augmentation massive de l’entreprenariat en France (2.63millions d’indépendants sur une population active occupée de 26.5 millions de personne) et à l’alternance emploi salarié/non salarié que connaissent les générations nées dans les années 70 et après.

Une réforme à quel coût ?

Se pose immanquablement la question du coût d’un tel changement. E Macron avance 1.4Mds€, l’Institut Montaigne un coût entre 4 et 9 Mds €. Avec une telle fourchette, autant dire qu’on en n’a aucune idée.

Rappelons ici quelques faits trop souvent occultés. Il y a aujourd’hui 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi et environ 2 millions (jeunes, personnes au RSA qui ne le sont pas faute d’y trouver une utilité). Parmi ces 6 millions, 48% ne perçoivent aucune indemnisation. Si nous sortons du système assurantiel – c’est-à-dire du principe je cotise pour me prémunir d’un risque et je perçois une compensation lorsque le risque survient -, pour un principe de protection universelle, toute personne active peut légitimement aspirer à être indemnisée face au chômage.

Dès lors, les premiers bénéficiaires du changement proposé seront évidemment ces personnes inscrites à Pôle Emploi, mais non-indemnisées (elles n’ont pas assez cotisé, leurs droits sont éteints, etc.). Or,  l’indemnisation moyenne (des 52%) est de 1058€/mois, soit une nouvelle dépense de … 32.5 Mds€.

Intégrer les indépendants et les démissionnaires est intéressant et certainement louable. Il est pourtant peu probable, vu son coût, que la proposition d’Emmanuel Macron devienne un droit universel de compensation du chômage. Sauf à imaginer une baisse drastique de l’allocation octroyée…

Alors sur quels critères refuser cette protection à ceux qui la demanderont ?  La création de nouveaux critères d’indemnisation hors système assurantiel pourra-t-elle être comprise et acceptée par la population active ? Par qui ces critères seront-ils fixés ? Les parlementaires ? L’Etat (l’administration)?

L’Etat, nouveau gestionnaire et contrôleur du chômage ?

En effet, la réforme proposée donne à l’Etat la responsabilité de la gestion (intégration de l’Unedic à l’Etat) et surtout le contrôle des chômeurs.

A ce titre, E Macron évoque précisément le fait de pouvoir refuser 2 propositions « décentes » mais pas 3, sauf à perdre son allocation. Au-delà du principe, la question se pose du comment et qui ?

En l’Etat, Pôle emploi, à qui échoit le rôle du suivi des personnes inscrites et indemnisées, est noyé sous le volume. Un renforcement du contrôle et une approche qualitative de celui-ci supposeraient une augmentation significative du personnel de Pôle Emploi/l’Etat dédié à cette tâche et le recrutement de nouvelles compétences pour cet « accompagnement à l’emploi ». Personne ne peut en effet croire que le personnel actuel puisse assumer ces fonctions ou qu’une formation de celui-ci se ferait à moindre coût.

La fiction de l’Etat régulateur du marché de l’emploi ?

Étonnement, ce volet n’a été nulle part débattu ou même calculé en terme de dépense publique.

Rappelons ici le rapport de la Cour des Compte (2015) qui considérait que Pôle Emploi n’intervenait que dans … 12% des mises à l’emploi. Certes, les communications de Pôle Emploi évoquent le chiffre de 30% des offres du marché qui transitent par l’institution. Et quand bien même ? Dès lors que l’Etat n’a pas la capacité de réguler l’offre et la demande sur le marché du travail, comment peut-on décider du caractère « décent » d’une offre ?

En toile de fond, le propos suppose que le chômage serait lié à des chercheurs d’emploi (6 à 8 millions) qui ne prendrait pas des emplois non pourvus (300 000 ?). Peu convaincant.

Ce contrôle a d’ailleurs été enclenché par le gouvernement Valls depuis fin septembre 2015, sans qu’aucune évaluation ne semble disponible. On peut légitimement douter qu’il apporte quelque chose.

Emmanuel Macron, a présenté habilement une réforme qui semble généreuse et en phase avec l’époque. Elle l’est, superficiellement. Comme tant d’autres avant lui, il peine à imaginer une société où l’on ferait confiance. Une société où l’on substituera à la lourde bureaucratie et aux injonctions, une action plus fine sur ce qui facilite la vie des gens, en l’occurrence celle des chercheurs d’emploi et des entreprises. Une société où le rôle de l’Etat serait redéfini, – il ne saurait être le même qu’il y a trente ans – où l’expérimentation locale et l’évaluation serait privilégiée ; en bref une société plus moderne.

One Response to “Chômage, Macron, l’étrange réforme”

  1. Hervé Humbert says:

    Tres bon article, bien recherché, documenté. Tres bonne analyse et bonne conclusion. Il meriterait a etre partagé grandement pour aller au dela des grandes paroles.

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