Chômage, manipule-t-on les chiffres ?

Actualitésle 15 octobre 2016Commentaires fermés

Fiabilité et Sincérité des chiffres de Pôle Emploi ? La Commission d’enquête sénatoriale, en posant cette question, semblait vouloir marquer les esprits.

Si l’hypothèse de la manipulation est d’emblée écartée par les sénateurs, ils parviennent toutefois à la conclusions que « ils ne sont pas à eux seuls – les chiffres de Pôle Emploi – un indicateur fiable et pertinent du chômage. »

Hourra, serait-on tenté de dire !!

Enfin, des responsables politiques s’attachent à comprendre en détail la réalité qui mine la société française – le chômage de masse – depuis plus de 20 ans. Fort de cette découverte, les parlementaires préconisent une approche différente des chiffres du chômage. Celle-ci devrait à l’avenir prendre en compte, non seulement les chiffres de Pôle Emploi, mais aussi le « halo du chômage », soit environ 1.5 millions de personnes.

La conclusion du rapport est toutefois moins enthousiasmante. Toute d’abord, on aurait pu attendre des sénateurs qu’il nous renseigne sur l’état des lieux réels. Forts de leur nouvelle compréhension de la situation, que ne nous dévoilent-ils pas la réalité du non-emploi en France ? Le chiffre, 8 millions, ferait-il peur ?

Ensuite, quels enseignements tirés de cette nouvelle lecture ? En basculant dans un examen des politiques de l’emploi menées en Grande-Bretagne et en Allemagne, les sénateurs évitent soigneusement le sujet. Outre la sempiternelle proposition d’une organisation annuelle des « Assises de l’Emploi » et l’augmentation des moyens octroyés à l’administration (Dares) en charge des études, rien de neuf ne sort donc de cette commission.

Comment imaginer trouver des solutions politiques lorsqu’on ne connaît pas la réalité du sujet ? Nous avions décrit voici  3 ans maintenant cette réalité. Le taux d’emploi permet de bien lire la situation du non-emploi en France. Inférieur à 2/3 de la population active, il explique notre endettement et l’effondrement de notre « modèle économique et social ».

Cette Commission sénatoriale marque une légère inflexion sur le diagnostic. Elle s’était ouverte, il est vrai, aux suggestions/contributions des citoyens, et peut-être cela a-t-il contribué à ouvrir les yeux des parlementaires sur le réel.

Toutefois, dès lors qu’il est établi que le non-emploi concerne près de 8 millions de personnes, sur les 28.5 millions de la population active (15-64 ans), soit 28% de la population active, comment en rester là ?

Personne ne manipule les chiffres. Mais manipule-t-on les esprits pour empêcher une remise à plat – qui ne serait autre que salutaire – des politiques initiées depuis 30 ans ?

Tefal/Pfeiffer, la Ministre du travail couvre-t-elle une affaire de corruption ?

Non classéle 15 septembre 2016Sans commentaire

L’histoire relatée ci-après doit interroger sur notre personnel politique actuel, son rôle, sa capacité réelle à agir, et sa légitimité. Car nul doute que le schéma décrit n’est pas unique.

Une inspectrice du travail met en doute la probité de son supérieur hiérarchique ; deux ans après, le contentieux se conclut par un procès pénal à l’encontre de ladite inspectrice et une mutation dudit supérieur.

Sur le rappel des faits, je vous renvoie aux nombreux articles de presse (ici ou ici). Le directeur du travail concerné, Philippe Dumont a été muté, ce qui ressemble étrangement à une sanction. La Ministre a soutenu verbalement l’inspectrice du travail condamnée, lui assurant qu’il n’y aurait pas de suite juridique à cette condamnation, comprenant par là que l’Etat ne lui en tiendrait pas rigueur professionnellement. On imagine Mme Pfeiffer soulagée, mais on l’incite volontiers à la prudence. La parole ministérielle, par nature éphémère, est faible face à l’appareil d’Etat.

Comment qualifier cette « mutation » du directeur de service ? Si les soupçons de collusion avec les dirigeants de Tefal sont avérés, si par voie de conséquence, son « management » de l’inspectrice du travail est entaché, les faits requièrent une sanction disciplinaire ou pénale, les éléments constitutifs de la corruption semblant pouvoir être établis.

L’article 432-11 du Code Pénal nous renseigne sur ces éléments. La corruption passive consiste à « solliciter pour elle-même ou pour autrui ou à agréer sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques ». Il y a donc corruption passive, que le corrompu accepte ce qu’on lui offre ou qu’il prenne l’initiative de solliciter dons ou promesses.

Si l’administration soustrait l’un de ses membres à une enquêtes internes/externe sérieuse, que vaut le « soutien » de la Ministre ? Quel est surtout son rôle dans un Etat de droit ?

On sait que l’époque n’est guère à la Justice où la sanction des fautes/erreurs commises dans le cadre de la fonction publique. Des errements d’Harlem Désir, incompétent, sans cesse promu, aux détournements de M Saal, sans conséquence professionnelle sérieuse, une même logique d’entre soi est à l’oeuvre, bien éloignée de la « méritocratie républicaine ». Autant d’exemple qui amplifie la défiance quotidienne de nos concitoyens à l’égard des Institutions et du personnel politique.

Pourquoi Macron n’est (encore) qu’une illusion

Actualitésle 5 septembre 2016Commentaires fermés

Les gens en parlent, au moins ceux qui suivent la vie politique. La personnalité d’Emmanuel Macron, ses sourires placides, ses petites phrases, sa démission attirent l’attention des médias parisiens. Des gens semblent prêts à s’engager pour lui : le nonagénaire millionnaire, ex-financier de la deuxième gauche de Rocard lui a ouvert sa bourse, les animateurs de « En Marche » lui donnent du temps, de nombreuses personnes semblent avoir adhéré (0€) à son mouvement.

Sa démission du gouvernement a accentué l’excitation médiatique. On commence à décortiquer le bonhomme (ses revenus, ses réseaux, etc.) ; elle a aussi poussé le monde politique à émettre des signaux. Certains pour rappeler que la politique économique de François Hollande, c’est lui…, d’autres l’habillent pour l’hiver comme représentant des élites hors-sol, d’autres enfin pour lui montrer de l’affection (des petits mouvements comme Nous, Citoyens, La Transition, des parlementaires socialistes, des responsables UDI, etc.). Cette attention se cristallise sur son hypothétique participation réelle à la vie politique française, à savoir comme candidat à la présidentielle – ce que même les sondages nous disent ! – ou comme fondateur d’un nouveau parti.

Parrainages, budget et organisation pour la présidentielle ?

Or, cette attention est, à ce jour, inversement proportionnelle, à sa capacité à participer à l’élection présidentielle. Emmanuel Macon demeure une illusion médiatique et politique, et ce pour quelques raisons qui tiennent à l’organisation de la vie politique française et aux (dys)fonctionnements de notre démocratie.

L’élection présidentielle nécessite l’obtention de parrainages, un budget conséquent et une organisation solide. Emmanuel Macron ne dispose d’aucun de ces trois éléments, et rien n’indique qu’il pourrait en disposer dans les mois à venir.

Il n’a pas échappé aux observateurs attentifs que les 2 principaux partis politiques français (PS et UMP) ont, à l’automne dernier, verrouillé l’accès à l’élection présidentielle. Les parrainages sont dorénavant publics ce qui, sauf surprise, devrait rendre ceux-ci plus rares et très partisans (les maires des petites communes ont compris le message). Le maire, conseiller régional ou parlementaire qui apportera son soutien à un candidat hors de son parti est certain de se voir blâmer de bien des manières par la suite : refus d’investiture, sanction budgétaire, etc. Il faudra beaucoup d’élus courageux pour déverrouiller l’élection.

Si Emmanuel Macron a de  nombreux amis millionnaires, il n’est pas pour autant en capacité de financer une campagne présidentielle. Les règles de financement de la politique interdisent en effet de lever des fonds massivement auprès de gens fortunés. Seuls les partis peuvent abonder les millions nécessaires à une telle échéance, car les banques leur prêtent ces fonds. Elles ont en effet leur garantie en tant que personne morale et la sécurité des fonds publics que distribuera l’Etat (remboursement et financement public). L’adhésion à 0€ auprès du mouvement « En marche » n’augure pas d’une volonté de lever des fonds. Peut-être un coup marketing pour le lancement, mais le temps presse. Demeure l’hypothèse d’un financement intuitu personae – une première dans l’élection présidentielle -, mais le passage chez Rotschild n’a pas été aussi lucratif.

Enfin, les milliers de personnes qui ont cliqué sur le site « En Marche » ne constituent évidemment pas une organisation. Les prémices de celle-ci ? Rien n’est moins sûr. Cette organisation doit non seulement viser l’élection présidentielle mais aussi les élections législatives qui suivent, sans quoi participer à la première échéance serait vain. Cela signifie identifier et préparer des candidat(e)s qui seraient de facto les relais d’opinion d’un candidat à la présidentielle. Rien n’est prêt en ce sens et les mois qui accourent à l’horizon raccourcissent le temps.

Un projet ?

Sur le fond, au-delà des petites phrases, il se contente d’annoncer le résultat du travail d’analyse issu de la collecte effectuée par les volontaires marcheurs en porte-à-porte. Moins de régulation sur l’entreprise (temps de travail, rémunération), plus de liberté sur les moeurs (légalisation du cannabis) ne font toutefois pas un projet de société, et c’est ce que l’on est en droit d’attendre d’un leader politique.

Emmanuel Macron sous-estime-t-il ces éléments ou s’en désintéresse-t-il ? Dans les 2 cas, cela fait de lui une illusion politique. Compte-t-il récupérer l’appareil du PS à son profit – ce qui lui fournirait les 3 éléments manquants – ? Ce serait audacieux,  moins bouleversant toutefois que les attentes qu’il génère à ce jour.

8 mois pour choisir des représentants en confiance

Actualités, Non classéle 5 septembre 2016Sans commentaire

Choisir en confiance est un idéal pour un citoyen en démocratie.

En France, en 2016, la défiance prédomine, non seulement dans le champ démocratique, mais plus largement dans les nombreuses relations quotidiennes qui nous permettent d’ordinaire de faire société. Dans la relation employeur/employé, dans le rapport entre usager et administration, dans la relation parents/enseignants, l’inquiétude est latente, si ce n’est palpable. On pourrait penser qu’elle est typiquement française, associée à notre capacité à râler, mais ce serait balayer trop vite plusieurs décennies de chômage de masse, dix ans d’une économie morose et 2.5 millions de jeunes sortis de l’école depuis 15 ans sans aucun diplôme, c’est-à-dire sans reconnaissance de ce qu’ils pourraient apporter à la société.

Dans un tel contexte, les actes terroristes pèsent lourdement. Certes, ils donnent, à chaque fois, l’occasion de rappeler des principes sur lesquels est fondée notre société. Ils permettent même une expression des convictions autour de ces principes – manifestations dans le calme, drapeaux aux fenêtres, etc.- Mais ils fournissent aussi des arguments à ceux qui, au sein de la société française, ont envie d’en découdre, de ne plus « vivre ensemble ». Qui ne voit pas les expressions de plus en plus nombreuses du désir de partition ou d’exclusion ?

Or, la réponse autoritaire et le ton martial – pratiqués à outrance par le gouvernement et l’UMP – ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’époque car ils ne peuvent donner ni espoir, ni confiance à moyen terme. Il serait donc essentiel que les personnes candidates en 2017 puissent générer de la confiance, tant par les projets qu’elles porteront que par les comportements qu’elles incarneront.

Exemplarité, innovation, transformation bienveillante

Il est temps que le personnel politique prenne conscience du devoir d’exemplarité qui lui incombe. En terminer avec la course aux privilèges et aux avantages est impératif. Redonner de la noblesse à l’engagement politique, un passage obligé pour la crédibilité des solutions qui peuvent émerger.

L’innovation est devenu un mot « marketing », utilisé à toutes les sauces. Pourtant, il constitue un fil conducteur pour les idées, approches, solutions, expérimentations qui dans la plupart des domaines – rôle de l’Etat, organisation économique et sociale, système éducatif, etc. – permettront de promouvoir une nouvelle société et donneront l’espoir de la voir émerger.

La transformation bienveillante de la société française est l’axe nécessaire à la confiance et au « faire société ». Il faut remettre à plat bien des sujets sur lesquels nous n’avons pas changé depuis 70 ans ; et retrouver ainsi une exigence perdue par le maintien des habitudes et des organisations obsolètes. C’est une transformation dont nous avons besoin. Elle ne saurait être autre que bienveillante, car il ne s’agit pas de désigner des responsables (ou des boucs émissaires), mais de construire de nouvelles approches et organisations permettant à chacun de donner le meilleur de lui-même.

Nous aurons besoin de personnalités, d’hommes et de femmes courageux pour dépasser le conservatisme craintif dans lequel s’embourbent le corps électoral et la société française.

Une école transformée

Actualitésle 24 mai 2016Commentaires fermés
En ce domaine aussi – l’instruction publique ou l’Education nationale – les solutions imaginées dans les partis traditionnels ne sont guère différentes et beaucoup – si ce n’est tout – devient une question de postures et de communication.
En moyenne, les élèves de notre Ecole comprennent moins bien les textes, les exercices mathématiques, les concepts scientifiques qui leur sont proposés. Chacun peut relativiser – les classements, les études, les multiples ouvrages sur le sujet – mais la réalité est palpable. Si on admet que le progrès de notre société repose sur un accès amélioré aux savoirs et aux connaissances, il y a là une contradiction que l’on doit résoudre.
Les critiques de notre système d’instruction publique sont nombreuses et viennent de toute part. Le manque de moyens est une critique majeure, et il ne manque pas d’arguments. Ainsi du montant constant en % du PIB que constitue la dépense éducative depuis 15 ans, alors que la dépense publique n’a cessé d’augmenter. Mais qui n’a pas le sentiment que l’argent ne résoudra rien, tant qu’une autre organisation ne sera pas proposée ?
Il est reproché à l’Ecole de se « libéraliser ». Est-ce le bon mot pour qualifier le fonctionnement une instruction publique séparant de plus en plus ceux qui disposent d’un capital savoirs/connaissances/argent fort (cours particuliers, écoles privées dont la fréquentation est en hausse constante) et les autres ?  Dès lors, qui peut penser que les quelques ajustements proposés autour des langues – fussent-elles mortes ou vivantes -, ou le mini-ajustement sur les rythmes des primaires, changeront l’école ?
S’il est commun de penser que la « réduction des inégalités » est une priorité supposée de l’Ecole, il n’est pas interdit de considérer que celle-ci est en fait totalement occultée par la crainte du changement. Or, il nous semble que l’heure est à la remise à plat complète de notre système d’instruction publique.
Qui parle aujourd’hui d’extension massive de nombre de jours d’école ? De réorganisation de la journée ? De méthodes différentes inspirées des progrès incroyables des neurosciences ? De réorganisation des collèges et des lycées dans une logique campus, c’est-à-dire ouverts toute l’année ? D’intégration aux collèges et lycées des autres acteurs de la société disposant de savoirs – association, entreprises, ONG -. De la révolution numérique de l’apprentissage avec les tutoriels et les cours en ligne permettant l’autoformation ? La réponse est malheureusement personne tant le débat est bloqué sur la recherche de boucs émissaires (les profs, les parents, etc.) et la nostalgie (l’autorité à restaurer, les savoirs fondamentaux à revaloriser, etc.).
C’est une révolution, pacifique, fondée sur l’intelligence et la bienveillance, dont a besoin notre système d’instruction publique. Une transformation qui donnera naissance à une organisation où chaque acteurs pourra donner le meilleur de lui-même. Il appartient aux mouvements plus jeunes, aux think tank, aux démarches citoyennes de le penser, puis de faire cette transformation. Il appartient aux candidats aux élections de proposer des transformations allant dans ce sens. Nous, nos enfants, les enseignants ont tout à gagner à imaginer l’école du XXIè siècle en déclinant différemment les espoirs de l’école républicaine : gratuité, laïcité, mérite.

Conservateurs/Progressistes, nouveau clivage ?

Actualitésle 20 mai 2016Sans commentaire

La saillie de notre jeune énarque-banquier d’affaires, E Macron pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu, a provoqué un rapide bouillonnement médiatique autour du vieux et traditionnel clivage droite/gauche. Elle révéle la tentation de bien des candidats à la présidentielle de s’inscrire dans son propre clivage.

Je ne saurai lui reprocher de vouloir ranger parmi les souvenirs le « gauche/droite ». Je me suis engagé en politique avec cette même conviction ; ai adhéré et défendu l’indépendance du Modem pour cette raison ; puis proposé des alternatives électorales à Lyon et avec 100%Citoyen dans la continuité.

Nous sommes d’ailleurs peut-être minoritaires à en être convaincus. Beaucoup de nos concitoyens se définissent encore à travers cette séparation. Je lui trouve deux défauts majeurs. Son contenu (de part et d’autre) s’est évidemment étiolé et repose pour l’essentiel sur des représentations anciennes du monde. Surtout, sa bipolarité n’est pas suffisante pour comprendre l’époque actuelle et proposer des approches/idées nouvelles. Gauche et droite représentent alors 2 formes de conservatisme.En cohérence d’ailleurs avec l’orientation prise par la politique française aux lendemains de la seconde guerre mondiale, entre un étatisme de droite – symbolisé par De Gaulle et ceux qui s’en revendiquent depuis -, et un étatisme de gauche – symbolisé par la longue et forte influence des communistes à gauche.  La conviction partagée par la majorité de notre personnel politique quant au fait que nous avons le meilleur « modèle économique et social » vient chapeauter l’ensemble.

Face à ces conservatismes, il est médiatiquement plus porteur de se présenter comme appartenant aux « progressistes », aux « hors-système », voire aux « patriotes » vs mondialistes, quand la défiance à l’égard des partis traditionnels est acquise. Cela porte-t-il pour autant des projets différents, des politiques différentes ? Rien n’est moins sûr. Je crois que la majorité de la société française est aujourd’hui conservatrice, essentiellement par nostalgie et par crainte de perdre le confort matériel acquis. 13.5 millions de retraités, vivant en moyenne, mieux que les actifs, près de 6 millions de fonctionnaires dont l’emploi est garanti, auxquels s’ajoutent 2.5 millions de salariés de grands groupes, constituent ce corps social qui considère ne pas avoir intérêt à transformer en profondeur les grands équilibres de la société française. Dès lors, qui seraient les progressistes ? Emmanuel Macron a propose une version consistant à bousculer quelques vieilles habitudes ou totem de la gauche (ISF par exemple) et rassembler « tous ceux qui veulent que ca bouge ». Le fil rouge est dynamique, mais il se réduit le plus souvent à la seule volonté d’adaptation permanente et sans fin au monde. Cela ne constitue pas un projet de société.

Un nouveau pacte économique et social

Il paraît nécessaire de penser une transformation de la société française car les principes du vieux pacte républicains, élaboré en 1945, ne donnent plus d’espoir. Et il est raisonnable de penser que nous pourrons faire mieux, avec intelligence et bienveillance. Un nouveau rôle pour l’Etat, moins bureaucratique et plus efficace là où la régulation est nécessaire, une nouvelle organisation du système éducatif, une ambition environnementale (autosuffisance énergétique et libération du pétrole), un nouveau deal économique et social entre capital et travail, etc. C’est presque une page blanche qu’il nous faut écrire ; et proposer alors un projet politique différent de celui porté par la grande majorité du personnel politique actuel.

La transformation de la société française, par la voie de l’intelligence et de la bienveillance, de l’expérimentation et des savoirs, est un horizon politique qui peut nous différencier, mais aussi rassembler ceux qui seraient tentés par le conservatisme ou le « bougisme ». La société française n’est pas binaire, les options qui s’offrent à nous ne le sont pas non plus. Ne le laissons pas penser par tradition ou confort.

Nous avons besoin d’un nouveau rêve européen

Actualitésle 3 avril 2016Sans commentaire

Le 9 mai, nous célébrons une flamme éteinte. 66 ans après, le rêve européen, celui de Schuman, Monnet, des démocrates chrétiens, des libéraux et des socialistes, s’est évaporé et nous n’en avons plus qu’une nostalgie. Sur ce sujet comme sur les autres, nos dirigeants politiques et économiques se contentent au mieux d’entretenir l’existant. Plus grave peut-être, ils caressent l’illusion qu’en bricolant à la marge on pourrait améliorer un ensemble institutionnel, économique et social auquel les peuples européens ne croient plus.

Les mouvements politiques favorables à la construction européenne sont depuis longtemps en mode défensif. Sans relief lorsqu’ils évoquent la paix ou la monnaie, désespérants quand ils imaginent convaincre les électeurs en lui montrant le petit logo européen sur les projets co-financés. Ce faisant, ils font le lit de ceux que l’on a nommés souverainistes, sceptiques ou populistes, et dont la constance intellectuelle n’a d’égal que la variation des noms : la cause de nos difficultés est toujours ailleurs et vaguement complotiste.
Plus grave, ils ont souvent participé à la trahison des électeurs qui ont vu leur vote de 2005 (non au Traité Constitutionnel) bafoué par le traité adopté en 2009 au Parlement (dit Traité de Lisbonne). Cette fracture est encore à l’esprit de beaucoup d’électeurs, y compris parmi ceux qui avaient voté pour en 2005.
Nous sommes lucides sur l’état actuel de l’Europe
L’Union Européenne présente des faiblesses qu’il est difficile de nier.
Bonne élève du libre-échange et de la concurrence, elle a écartelé le continent entre la crainte du travailleur européen délocalisé et la disparition ou la quasi disparition de l’industrie européenne sur de nombreux marchés. Nous pouvons, peut-être, construire des batiments moins chers et acheter des écrans plats intelligents à bas prix, mais notre identité de consommateur ne saurait remplacer celle de citoyen européen ; surtout si l’emploi se raréfie sur le continent et devient source de contentieux entre peuples européens.
Vertueuse au sein des Nations-Unies, son comportement dans la guerre civile yougoslave avait sérieusement écorné l’idée qu’elle soit un acteur crédible sur la scène internationale. Inexistante dans l’accompagnement du « printemps arabe », incapable de soutenir les acteurs susceptibles de faire évoluer ces pays vers des régimes modérés, elle subit les mouvements géopolitiques autour d’elle sans paraître jamais avoir de vision, d’objectifs, ni même d’intérêts à défendre. L’accord passé avec la Turquie, « argent contre renvoi des réfugiés » finit de ternir une image sans relief.
Enfin, les difficultés à faire naître une coopération policière/judiciaire continentale, cruellement éclairées par la série d’attentats que nous connaissons, altèrent un acquis de la citoyenneté européenne : la libre circulation.
Notre avenir est européen
Le retours aux Etats et aux frontières est une illusion. Ces notions sont dépassées pour la population européenne la plus instruite, depuis longtemps engagée dans l’universalisation du commerce, du savoir et de la culture. Elles sont aussi sans espoir pour les plus modestes d’entre nous, car elles n’apporteront pas la protection espérée.
Nous avons besoin d’un nouveau rêve européen, et il appartient à une nouvelle génération de se lever pour l’écrire et le mettre en oeuvre. Quelques principes et quelques réformes pourront éclairer cet avenir nécessaire.
L’innovation pour une prospérité durable, la solidarité et l’implication internationale comme nouvelles valeurs européennes
Devenir autonome sur le plan énergétique est un objectif autour duquel nous pouvons fédérer à un nouvel idéal européen. Pour des raisons environnementales évidentes et des enjeux géopolitiques tout aussi évidents, nous devons nous libérer de nos dépendances au pétrole, gaz et uranium. Depuis peu, les scientifiques et les entreprises ont résolu les obstacles au stockage de l’énergie, notamment avec l’hydrogène. Avec l’ambition politique nécessaire, nous pouvons développer les énergies renouvelables, faire naître une nouvelle industrie et nous libérer progressivement des mésalliances auxquelles ces ressources nous contraignent.
Les mécanismes d’optimisation fiscale et sociale entre nous, cette concurrence délétère que nous avons laissé prospérer en notre sein, se révèlent contre-productifs. Il faut les remplacer par une harmonisation rapide, soutenue par un effort de solidarité conséquent des régions riches vers les plus modestes. En parallèle, dire à nos partenaires économiques asiatiques, américains et autres que le libre-échange n’implique pas un renoncement à l’exigence de qualité des produits et des services quant ceux-ci sont destinés à nos concitoyens. La liberté est une valeur essentielle de notre identité européenne, il faut lui ajouter aujourd’hui un peu d’intelligence pour ne pas la laisser devenir un dogme qui se retounera contre nous.
Parmi ces nouvelles libertés figurera en  bonne place, celle de pouvoir contribuer à la pacification du monde et à la promotion des idéaux de liberté et de progrès nés sur notre continent. Certes, en la matière, il y a certainement un tropisme français, pas toujours partagé par nos voisins. Mais si nous pouvions soutenir en ce sens les populations d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’ailleurs, quelle source de fierté cela pourrait être pour les européens dans leur ensemble. Faut-il une force militaire européenne pour accompagner cette ambition ? Incontestablement.
Une reconstruction par les villes et les régions
Si nos Etats et nos vieilles administrations ne sont pas en mesure de faire cette révolution des idées, appuyons nous davantage sur les Régions et les Métropoles pour la faire. Développons à cet étage, des relations quotidiennes avec nos voisins européens. Ce sont dans les villes, les écoles et les entreprises que le nouveau rêve européen pourra prendre corps.
Nous avons besoin d’espoir, nous avons besoin d’un horizon, nous avons besoin d’être fiers d’être européens. N’attendons rien de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, construisons le nous-mêmes !

Peut-on proposer une politique de l’emploi moderne ?

Actualitésle 28 mars 2016Commentaires fermés

Le discours politique sur le sujet ressemble souvent à une discussion de comptoir où on ressasse de vieilles idées. Caricatures sur les « patrons », les « chômeurs », méconnaissance des entreprises, des réalités du chômage, etc., il est étonnant de constater combien nos dirigeants politiques et économiques méconnaissent le sujet de l’emploi. Rappelons tout d’abord quelques données à connaître.

La population active française est composée d’environ 29 millions de personnes, soit le nombre de personnes de 15-64 ans en âge de travailler et disponibles sur le marché du travail. Cette population active est le socle de notre organisation économique et sociale. C’est elle qui génère l’essentiel de la richesse. Notre système de solidarité -retraite, assurance chômage, maladie, etc.- est presque entièrement fondé sur elle. Or, l’état de ce dernier, en déficit et lourdement endetté, nous indique que le nombre de contributeurs est insuffisant. En effet, seuls 64% des 15-64 ans sont à l’emploi, contre 71 à 74% chez nos principaux voisins européens (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-bas, Autriche, Danemark, Suède). Un des objectifs de la politique de l’emploi est donc l’augmentation de la population active.

Cette population active est en majorité en CDI (76%). 12.5% d’entre elle est en CDD ou Interim, et pour le 12.5% restant est « travailleur indépendant ». Les deux dernières catégories augmentent de façon significative ces dernières années. L’entrepreneuriat – qu’il soit par envie ou par défaut – se développe fortement, et le marché du travail produit essentiellement des contrat courts. Les CDI sont portés essentiellement par les grands groupes et l’Etat (fonctionnaires). Or, les premiers ne créent plus d’emplois sur le marché français ; et le second doit se réorganiser et réduire le nombre de personnes qui travaillent pour son compte, car il est en déficit budgétaire permanent.
L’aspiration au CDI est légitime car il est le sésame du crédit, du logement, des projets à moyen terme. Mais elle semble vaine tant il est raisonnable de penser qu’il y aura moins de ces CDI demain qu’aujourd’hui. Aussi, l’incertitude sur l’avenir et la précarité des contrats constituent-elles le quotidien d’une part croissante de la population active. Le second objectif de la politique de l’emploi est donc la sécurisation de la vie professionnelle et la capacité de rebond, de 2e ou 3e chance.

Enfin, si les entreprises sont le lieu de création de richesses, seules les petites et moyennes créent des emplois en France. De nombreux travaux ont mis en avant cette particularité de l’économie française. Pourtant, le cadre juridique, fiscal et administratif, particulièrement riche et complexe n’est en fait adapté qu’aux grandes entreprises. Aussi, les petites et moyennes aspirent-elles légitimement à ce que leur quotidien soit facilité. C’est le 3e objectif de la politique de l’emploi : simplifier la vie des principaux acteurs de la création d’emplois en France.

Faciliter le quotidien des entreprises qui produisent les emplois, sécuriser la vie professionnelle de nos concitoyens et ainsi permettre au plus grand nombre de travailler, tels seraient les piliers d’une politique de l’emploi moderne. Ces objectifs précisés, on peut alors faire preuve d’imagination et proposer des réformes susceptibles de convaincre.

A contrario, le texte dit « loi travail » n’avait rien de moderne. Il visait, au mieux, un seul objectif, celui de réduire les contraintes des employeurs. Au mieux, car le texte manquait cruellement d’imagination en se contentant de répéter quelques slogans du Medef. Prenons à titre d’exemple, l’idée du plafonnement des indemnités prud’hommales. Outre que le Conseil Constitutionnel avait rejetté un article identique de la loi « Macron » en août 2015, la proposition est davantage symbolique qu’efficace. L’insécurité juridique des Prud’hommes – pour les employeurs et les salariés – est en effet liée à la nature même de la juridiction. Avec 70% des décisions réformées en appel, un temps de procédure incompatible avec le marché du travail, il est temps de confier ces contentieux à des juges professionnels.

Inutile de reprendre point par point ce texte dont l’avenir est très incertain. Il ne constitue qu’un exercice de communication politique de plus d’un gouvernement sans ligne politique.

La réforme de la politique de l’emploi nécessite une remise à plat de nombreuses convictions un peu datées. Quelques mesures supposées symboliques, destinées à toucher un électorat ou un autre, ne permettront pas de redonner espoir à l’ensemble de la population.
Acceptons l’idée que le cadre actuel ne convient plus. Il ne permet pas à chacun – employeur, salarié, entrepreneur, chercheur d’emploi – de donner le meilleur de lui même, il ne donne pas les moyens d’être autonome, il ne sécurise pas.
Inventons un nouveau cadre au travail, un nouveau compromis économique et social, moderne, avec les objectifs que nous avons énoncés plus haut.

Ou sont nos hussards noirs ?

Non classéle 27 février 2016Sans commentaire

Les « hussards noirs de la République », une image devenue le symbole de la place de l’enseignement public dans la force de la République. Courte parenthèse ici pour en rappeler l’origine : un livre de Charles Peguy (L’argent) comparant les enseignants de son enfance avec l’escadron de cavalerie formé en 1793 pour défendre la République.

Pour Peguy, c’était une ode à l’école de la République et aux enseignants. La France vit le niveau d’éducation s’élever, la place de l’Eglise reculer et le français s’imposer comme langue commune. Les maîtres et maîtresses d’école incarnaient une « métaphysique positive, une métaphysique du progrès ».

En décembre, le Nouvel Obs – que l’on ne saurait classer parmi les médias les plus alarmistes -, s’inquiétait de l’ingérence de la foi religieuse à l’école.  A l’appui d’une étude du CNRS (et Sciences Po Grenoble), l’accent est mis sur les points d’incompatibilité soulevés par les collégiens entre leurs croyances religieuses et l’enseignement public. Ils semblent de plus en plus nombreux.

En parallèle, en direct sur un plateau télé, la Ministre de l’Education Nationale, fut incapable de réagir, en direct, à des propos politiques rétrogrades parce que ces derniers étaient mâtinés de religion.

Cette paralysie résonne à mon oreille comme un écho à l’affirmation de D Cohn-Bendit sur un autre plateau télé – débat avec Finkelkraut -,  relative à la déchance du rêve républicain ».

A ce rêve déchu qui constituait le ciment de la communauté française peuvent se substituer bien d’autres rêves. Hors, la religion – a fortiori lorsqu’elle est instrumentalisée – est un hôte complaisant avec ceux en perte de repères. Elle offre des perspectives – la mort pour les interprétations les plus absurdes – , des rites nimbés de principes pour donner sens à des modes de vie, une communauté là où , a fortiori, la communauté nationale/citoyenne semble avoir trahi.

Il ressort de l’étude citée plus haut que les enseignants sont le plus souvent démunis face à ce que soulèvent les collégiens. Le silence de notre Ministre en est le symbole.

Il fait aussi écho à l’absence de conviction ou d’idéal du personnel politique. Il y a les éléments de langage, les postures électorales, les discours mais ou sont les idées ? A force de se considérer comme des professionnels, ils sont devenus des techniciens de la politique, sans imagination, sans espoir et surtout, étanches au réel.

En toile de fond, ne perdons pas de vue l’affaiblissement régulier de notre système d’instruction publique. Seule notre côté cocardier nous pousse à refuser le diagnostic, arguant contre toute réalité que nous avons le meilleur système éducatif au monde. Et oublier ainsi que 19% des élèves de 15 ans sont « peu performants à l’écrit » (test Pisa), ce qui nous place en dessous de la moyenne européenne.

Qui ne voit pas le lien entre faiblesse du niveau d’instruction et retour du religieux ? Le phénomène s’inscrit dans un contexte durable de difficultés économiques et sociales. Il favorise donc les conservatismes en tout genre et les nouvelles constructions identitaires.

Nous avons donc besoin d’un nouveau fil conducteur pour faire société ; au XXIe siècle, en France, maintenant, pour nous sortir par le haut des combats nostalgiques qui dominent le débat politique.

Celui auquel je crois s’appuie sur la volonté constante de moderniser notre société. Promouvoir les savoirs, la connaissance, et dans ce but, repenser/réorganiser complètement notre instruction publique pour que les enfants soient instruits et connaisseurs du monde. Qu’au sein de l’école républicaine, nous soyons capables de connaître les religions et de repousser les croyances. Que cette aspiration à apprendre, connaître, comprendre devienne le fondement identitaire d’un nouveau système éducatif, et par là, peut-être, un moyen de (re)donner sens et confiance en la République. Sans nostalgie ni plagiat du passé, quelques « hussards noirs » deviennent nécessaires.

l’urgence et l’agitation comme méthodes de gouvernement

Non classéle 5 février 2016Sans commentaire

le rapport d’Amnesty International éclaire l’utilité (faible) de l’Etat d’Urgence pour le travail de police nécessaire. A minima, il devrait interroger le personnel politique quant à son efficacité ; mieux encore, il pourrait déclencher une réflexion avec les services Police/Justice sur les outils et méthodes déployés face aux risques contemporains.

Les conclusions du Conseil d’Etat qui, mercredi dernier, refusait de suspendre tout ou partie de « l’Etat d’urgence », m’inquiètent en tant que juriste et en tant que citoyen. Se considérant comme légitime pour interpeller le Chef de d’Etat, il n’entendait pourtant pas le faire au motif des attentats passés et de l’engagement militaire extérieur de la France.

Contrairement à ce qu’avançaient les requérants devant le Conseil d’Etat, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un piège politique. (On décrète l’Etat d’urgence pour montrer aux électeurs qu’on ne fait pas preuve de laxisme puis on n’ose plus en sortir).

Etre dans l’urgence justifie l’absence de réflexion et de débat sur la réorganisation police/justice pour l’adapter aux risques contemporains ; cela conforte aussi l’absence d’imagination du personnel politique. Derrière les grands discours sur les valeurs de la République (à défendre) et les postures martiales, nos dirigeants s’étiolent autour de mesures inutiles (déchéance de nationalité) et de petites lachetés quotidiennes (absence de réaction de la Ministre de l’Education Nationale à une patente instrumentalisation politique de la religion sur un plateau tv).

Les français ont peur, et les sondages d’opinion établissent le lien entre cette peur et leur approbation à la continuité de l’Etat d’urgence. Je pourrais m’inquiéter pour mes concitoyens et leur compréhension du monde, mais ce sont peut-être les instituts de sondage qui posent mal la question. Je m’inquiète surtout de nos dirigeants actuels qui considèrent que l’agitation est une réponse adéquate à cette peur.

Une remise à plat de notre organisation Police/justice est nécessaire fasse à ce danger mélant guerre à l’étranger/terrorisme/réseaux mafieux/instrumentalisation politique d’un religion. La police et la justice sont-elles équipées et adpatées pour un combat qui fait davantage appel aux outils de l’espionnage qu’à l’investigation traditionnelle ?

Notre armée est mobilisée à l’étranger et sur notre territoire, aux limites de ses capacités. Pourquoi ne demandons-nous pas à nos amis européens qui ne souhaitent pas intervenir militairement en Syrie ou ailleurs de nous aider pour la protection des populations ? Des soldats allemands, italiens ou hollandais pour l’opération Sentinelle constitueraient un symbole autrement porteur de sens.

De l’imagination et des idées pour donner de l’espoir, voila le propos politique dont nous avons besoin.