Fin du Baccalauréat, fin d’une hypocrisie

Actualitésle 18 février 2018Commentaires fermés

En annonçant, la transformation du Baccalauréat en une épreuve continue (pour 40%) agrémentée de 5 examens (dont un grand oral sur une ou deux matières choisies pour 10% de la note), le Ministre Blanquer met fin à 30 ans d’ambiguïtés et d’hypocrisie. Ambiguïtés sur le rôle du Baccalauréat, hypocrisie sur la symbolique républicaine de ce diplôme.

La logique d’examen/concours qui animait le Baccalauréat faisait écho aux idéaux républicains de l’égalité et du mérite. Les programmes étant les mêmes pour tous, l’obtention du bac sanctionnait la fin des études secondaires en validant ou non un niveau de connaissances. Ledit niveau donnait alors l’accès à divers structures d’enseignement supérieur.

Beaucoup a été écrit sur la reproduction sociologique que sanctionnait aussi ce diplôme. Les enfants de cadres, d’enseignants parvenait mieux que les autres à ce niveau. En conséquence, le nombreuses réformes opérées depuis 30 ans visèrent toutes à « démocratiser » l’Ecole ; en clair, à permettre à davantage d’enfants d’acquérir le niveau de connaissances attendu à la fin du Lycée.

La réalité cachée des « 80% au bac »

Cet objectif, énoncé dans les années 80, était louable. Nul ne peut contester aujourd’hui que nos gouvernements ont plutôt réduit le niveau attendu qu’élargit la capacité des enfants à l’atteindre. Les tests PISA et autres sont des révélateurs. La multiplication des bacs dits « professionnels » ou « technologiques » (+ de 80) est un symptôme. En effet, le chiffre de 80% d’une classe d’âge titulaire du bac (dont nous sommes proches) cache une réalité : seule 37% d’une classe d’âge obtient le bac généraliste, celui qui permet un accès serein à l’enseignement supérieur.

Le taux d’échec à l’université (58% d’une classe d’âge n’obtiendra pas de diplôme universitaire) sanctionne alors lourdement l’illusion créée par la détention d’un Bac finalement non significatif du niveau de connaissances.

Fin de l’hypocrisie

Les renoncements sur la valeur du bac étaient le fruit d’un constat implacable : tous les lycées ne prodiguent pas le même niveau d’enseignement. Malgré l’unicité des programmes, la diversité des environnements, de l’appétit des enfants, de la qualité des enseignants constituent autant de variables empêchant l’égalité des chances. Le mythe républicain était sérieusement écorné par le réel. Les discours et le Bac constituaient un voile qui masquait cette réalité. Il est maintenant levé.

Avec 50% de la note lié au contrôle continu, ces variables seront au coeur des parcours des lycéens. La course au lycée exigeant, qui ne note pas trop large, déjà à l’oeuvre au sein de la classe moyenne, s’accentuera. Inscrire ses enfants dans l’école primaire qui donnera accès au bon collège, puis au lycée réputé, sera la stratégie des familles dès lors que la dernière illusion d’un diplôme à la valeur partagée est levée.

En conséquence, le lieu de résidence, le niveau culturel des parents et leurs ressources financières deviennent les critères les plus déterminants pour l’instruction des enfants. Avec cette réforme disparaît le dernier gardien du mythe de l’école républicaine. A jamais ?

Sortir d’une conception étriquée de l’égalité

Dans les années 60, plusieurs sociologues dont Bourdieu, insistaient sur l’importance de l’héritage culturel dans la réussite scolaire. Plus de 50 ans après, enfermés dans une conception étriquée de « l’égalité », les responsables politiques renoncent à l’idéal de l’école républicaine : un égal lieu d’accès à la connaissance et aux savoirs quelques soient les particularités des enfants.

Pourtant, la promesse de CP scindés en deux laissait à penser que le logiciel de la majorité de 2017 pouvait être différent. Le Ministre annonce 160000 enfants touchés par cette réforme, soit 20% d’une classe d’âge. L’intuition est bonne. Là où l’environnement culturel est favorable les classes de 30 ne sont pas un problème. Ailleurs, l’égalité des chances requiert de réduire le nombre d’élèves pour maintenir l’exigence du niveau.

Cette logique doit-elle s’interrompre après le CP ou le CE1 ? En l’état de notre système d’instruction (tests Pirls), il serait sage d’insister. Et de lancer bien d’autres transformations : des collèges et lycées ouverts toute l’année pour offrir aux enfants qui le souhaitent un cadre permanent pour apprendre, des enseignants mieux formés et mieux payés, de l’autonomie pour les principaux et proviseurs pour expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, etc.

L’idéal républicain d’une école exigeante et bienveillante pour tous nécessite une révolution de notre organisation scolaire. Mais les CP à 12 élèves ou la fin du Bac, laquelle de ces deux réformes éclairent l’esprit de nos dirigeants actuels ?

2018, des réponses inédites?

Actualitésle 12 janvier 2018Commentaires fermés

2018, un vœu pour une métropole au rayonnement assumé

Les enfants scolarisés et sans abri, les réfugiés ou demandeurs d’asile éclairent les limites actuelles du « rayonnement de la Métropole lyonnaise ». Ils pourraient constituer pourtant l’occasion d’affirmer une éthique de la prospérité qui donnerait un nouveau sens à l’engagement politique.

Depuis plusieurs mois, des parents d’élèves alertent Mairie et Préfecture sur la situation d’enfants scolarisés mais sans abri. Entre 150 et 200 selon les estimations. En posant la question – comment Lyon ne trouve-t-elle pas une solution rapide pour 200 enfants ? – on hésite entre gêne et sidération.

Les complexités administratives sont mises en avant. Le point est incontestable. État, Département, Métropole, Ville, tous sont tout ou partie compétents dans ce domaine, mais jamais seuls. La définition des limites de responsabilité de chacun mobilise alors l’essentiel de l’énergie des acteurs. Le constat est déshumanisant et il est certain que lesdits acteurs seront choqués de lire ces lignes, mais le réel est-il si différent ? A minima, ne manque-t-il pas une volonté politique chez les uns ou les autres pour d’abord trouver une solution, puis régler la question des compétences ?

L’inertie a toutefois des causes plus profondes. Depuis la célèbre phrase d’un premier ministre de gauche, supposée en référer au réalisme de celle-ci, s’est diffusée la conviction politique que des mesures trop favorables aux réfugiés et autres demandeurs d’asile créeraient un appel d’air peu souhaitable. L’actuel Ministre de l’Intérieur l’a rappelé sans gène cet été à plusieurs reprises. Comment ne pas voir cette conviction à l’oeuvre dans la situation des mineurs sans abri à Lyon ?

Faut-il critiquer cette situation ? Incontestablement. Les responsables politiques lyonnais se qualifient trop souvent d’humanistes pour ne pas, de temps en temps, se voir évaluer à l’aune de cette valeur. Mais on doit aussi s’extraire d’un débat trop simpliste et comprendre pourquoi il importe de se saisir de ces sujets.

Pas de rayonnement sans réfugiés

La présence de réfugiés/demandeurs d’asile à Lyon est l’autre facette de l’attractivité de la ville. Le « rayonnement »est l’alpha et l’oméga de toutes les politiques publiques menées ici. Nos élus, comme beaucoup de lyonnais, sont flattés et fiers de voir la ville figurer dans les nombreux classements relatifs à l’attractivité ou la qualité de vie. La présence de réfugiés souhaitant bénéficier de cette dernière n’est pas surprenante. Revers de la médaille ? Peut-être. Considérer que nous pourrions avoir l’attractivité sélective serait d’une grande bêtise.

Les métropoles sont les lieux où se créent les richesses, car elles concentrent matières grises, capitaux et infrastructures. N’est-ce pas le lieu aussi où doivent émerger des solutions nouvelles à des problèmes anciens et récurrents ?

Une responsabilité particulière naît de la prospérité, quand bien même celle-ci serait méritée. Notre héritage judéo-chrétien nous y invite. Nos convictions républicaines nous l’imposent.

Cette éthique de la prospérité peut guider la politique menée au sein de la Métropole. Les difficultés rencontrées constitueraient alors des catalyseurs pour faire émerger des solutions nouvelles.

En l’espèce, nous pourrions aisément bâtir des habitats temporaires (et réutilisables) de qualité, à base de conteneurs ou de bois – le territoire dispose d’ailleurs d’entreprises leader sur le sujet – et expérimenter de nouvelles approches visant à favoriser l’intégration – langue, culture, codes sociaux – là où l’État a si souvent échoué ces dernières années. Seule la volonté de faire manque aujourd’hui.

Souhaitons-nous pour 2018 cette volonté et cette éthique de la prospérité. Elles redonneront du sens à l’engagement politique.

Lyon (et les métropoles) peuvent-elles être l’avenir de la COP23 ?

Actualitésle 12 novembre 2017Sans commentaire

La COP23 est à Bonn depuis une semaine. Une nouvelle réunion est annoncée par le Président de la République en décembre prochain dans la continuité des accords de Paris. Pourtant, ces rdv ne masquent pas le constat d’immobilisme dans lequel se figent les États face au risque climatique. Les prévisions scientifiques les plus optimistes considèrent que l’augmentation de 2,5°C pourrait être un plafond. D’autres considèrent que les frontières d’un changement irréversible du climat ont déjà été franchies.

Faute de démarches onusiennes ou interétatiques porteuses de perspectives, il faut se tourner vers les initiatives unilatérales de certains Etats – ainsi, l’Inde interdira, à partir de 2030, la vente sur son territoire de tout véhicule à moteur thermique -. ou celles de grandes villes, voire d’entreprises.

Lyon n’est pas connue pour ses réponses en matière de développement durable ou de protection de l’environnement. Présente dans bien des classements comparatifs, elle est systématiquement absente de ceux relatifs à ce sujet.

Un tissu industriel favorable mais pas d’appétit politique

Pourtant, il est aisé d’imaginer que cette situation puisse changer. Depuis plusieurs années, le tissu économique lyonnais se distingue par l’émergence de solutions en matière de déplacements électriques. SITL, Courb, Moke/Burby’s, Navya…, et bien d’autres. Les difficultés et la disparition de certains de ces acteurs économiques au cours des dernières années sont le reflet d’une absence de stratégie « déplacements électriques » sur le territoire,

Les quelques bluely et la perspective d’avoir des vélos électriques en libre service d’ici 2020 ne peuvent plus longtemps masquer le manque de vision dans ce domaine. La mutation des moteurs thermiques vers d’autres types de propulsion (dont l’électrique) nécessite de bâtir des marchés propices, et les métropoles peuvent être des acteurs majeurs de ce changement. Déplacements individuels, transports collectifs, fret sont autant de domaines où l’impulsion publique locale sera décisive. Réglementer, produire de l’énergie, définir un prix du carbone sur le territoire sont autant de leviers pour l’action politique.

Quelques opposants récurrents aux véhicules électriques renvoient le débat aux sources de ladite énergie électrique, et notamment au nucléaire. Ils n’ont pas complètement tort. La question énergétique est au cœur du sujet d’une stratégie déplacements électriques pour la Métropole. La Métropole est un territoire qui peut favoriser la production d’énergie – biogaz notamment -, de micro-énergie (capteurs et récupérateurs en tout genre), et d’économiser la consommation énergétique dans le bâtiments.

En produisant lui-même de l’électricité, le territoire peut permettre à des infrastructures (éclairage public) de fonctionner de façon autonome et alimenter un réseau de bornes pour structurer des déplacements électriques.

Outre l’enjeu environnemental qui se situe à l’échelle internationale et peut donc paraître abstrait et lointain, une telle stratégie comprend un objectif de santé publique – réduction des particules fines et du bruit – et un enjeu économique/industriel. L’avance dont dispose le territoire, la proximité d’industries et d’universités/écoles de haut niveau sont autant de facteurs qui font de la région lyonnaise un leader potentiel. Une opportunité rare qu’il ne faudra pas rater.

Ecoles, une consultation faute d’imagination ?

Actualitésle 15 octobre 2017Commentaires fermés

Chacun se souvient des réticences de G Collomb à aborder la réforme des rythmes scolaires. Le candidat aux élections municipales de 2014 avait tardivement esquissé une adaptation facturée aux familles. Le Maire avait traité la contrainte sans ambition ni bonne volonté.

Ce faisant, il confirmait un choix politique constant à Lyon. Les écoles n’ont jamais été un sujet prioritaire. De crises de cantine à répétition à l’incapacité de percevoir la réforme comme une opportunité, la majorité municipale en place depuis 2001 a toujours perçu le sujet « école » comme une contrainte.

Dans quelques jours s’ouvre une grande consultation imaginée par la Ville à propos des rythmes scolaires et des activités péri-scolaires. L’objectif de cette démarche est ambitieux puisqu’il s’agit rien moins que d’ »améliorer le bien-être des 38 000 élèves par une prise en charge qualitative et cohérente pour favoriser leurs apprentissages et prendre en compte les besoins des familles. » Un changement d’approche ?

On trouve toutefois pèle-mêle une « consultation numérique » – davantage une expression libre dont il est probable qu’il ne peut rien sortir -, une consultation/écoute verticale et bilatérale avec les acteurs associés du sujet (copie de la méthode Macron avec les syndicats ?), enfin une étude auprès des enfants confiée à un cabinet extérieur. Effet d’annonce ?

Les différents adjoints aux affaires scolaires qui se sont succédés depuis 15 ans ont sagement géré l’existant sans apporter ou expérimenter d’idées neuves.

Nulle tentative d’organiser au mieux le service de cantine scolaire en s’appuyant sur les restaurants à proximité. Nulle volonté d’améliorer la condition économique et sociale des personnels de cantine en constituant un groupement d’employeurs avec des entreprises du secteur Aucune expérimentation sur les cantines zéro déchets Nulle volonté de renforcer l’accès aux savoirs et aux connaissances (aucune initiative depuis la suppression des initiations à l’anglais sous R Barre) Nul projet transversal aux écoles et ou aux quartiers pour favoriser les rencontres et la mixité, ni projet européen pour proposer cet horizon aux enfants.

A se contenter de rénover ou construire des écoles (tâches éminemment nécessaires), les élus lyonnais en charge du sujet sont restés coincés au XXe siècle. L’Ecole ce n’est plus seulement la compétence de l’Etat, c’est aussi l’affaire des pouvoirs locaux. Et pour cela, il faut de l’imagination et la volonté de tester des idées neuves.

Faute d’en avoir, on lance une consultation ? Pourquoi pas, mais le manque de structuration de la démarche ne permettra pas d’aboutir à ce résultat. Alors, à défaut, un satisfecit de l’existant ? La connaissance et le savoir sont les clés de notre époque et les petits lyonnais ne bénéficient d’aucun des avantages que le dynamisme de la métropole devrait leur apporter. Preuve que ce n’est pas encore une préoccupation des élus locaux.

voter macron sans hésitation

Non classéle 3 mai 2017Sans commentaire

En 2002, le duel Chirac-Le Pen était arbitré par les français à 83/17. En 2017, les estimations des sondeurs affichent le duel Macron-Le Pen, au mieux, à 60/40.

Cette mise en miroir des deux résultats éclaire le bilan de ceux et celles qui ont gouverné ces 15 dernières années.Ils n’en tirent pas de conséquence car nous les avons trop souvent réélus.

La campagne présidentielle qui s’achève, à l’instar de la précédente, fut mauvaise. Pauvre en idées neuves, renforçant les clivages au sein de la population française au lieu de les atténuer, elle ne nous rassure pas sur notre trajectoire collective.

Les appels à voter blanc ou à s’abstenir parmi les candidats qui ne se sont pas qualifiés pour le 2nd tour marquent la profondeur des divisions qui s’installent au coeur de notre société.

Je voterai Macron au 2e tour. Je comprends les doutes et les craintes que sa campagne a générés. Je demeure sceptique sur la sincérité du message, peut-être pour avoir déjà souvent entendu les mêmes promesses de renouvellement jamais réalisées. Je suis déçu par le manque d’ambition d’un projet qui aménage plus qu’il ne transforme alors mêmes que les circonstances étaient exceptionnellement favorables.

Je n’ai donc pas voté Macron au 1er tour, mais je le ferai au 2nd, sans hésitation. Si ses partisans se trompent, il sera un président sans solution et nous aurons (encore) un peu de temps devant nous pour essayer de nouvelles approches. A l’inverse, avec Marine le Pen, le chaos serait immédiat. Et si j’entends la colère et le désespoir de ceux qui voient là un mal nécessaire qui permettra, après, de reconstruire, la durée du « après » est trop incertaine pour prendre le risque.

Une recomposition politique, mais laquelle ?

Non classéle 26 avril 2017Sans commentaire

Le résultat du 1er tour de la présidentielle nous propose-t-il une recomposition profonde du paysage politique français ou est-il le simple fruit d’un concours de circonstances exceptionnelles ?

L’enlisement du leader de la droite traditionnelle dans une succession de mensonges et de postures victimaires est une de ces circonstances. Le bilan du Président en place – conduisant ce dernier à ne pas se présenter et, par voie de conséquence, à marginaliser son parti -, en est une autre.

Un bloc de 4 avait structuré l’offre politique française en 2007, puis en 2012. Un autre émerge au soir du 1er tour de 2017, est-il si différent ?

L’absence de la droite traditionnelle du 2nd tour, dans une élection qui lui était promise, ne saurait être la conséquence de la seule inconséquence de son représentant. Se projetant, dès 20h01, vers les législatives, ses responsables ne peuvent faire l’économie d’une réflexion et d’un choix quant au positionnement de la droite. Elle a deux options. La première Droite Forte/Sens commun lui offre une base électorale hyperactive, furibonde et quasi fanatisée. Ce retour à la « droite légitimiste » l’enferme tant cette base peinera à s’élargir. La seconde consiste à recoller les morceaux avec ses vieux alliés UDI tout en renouvelant la génération de ses représentants. Dans l’intérêt de la démocratie, la seconde option est préférable mais est-elle encore possible ?

L’effacement du PS va de pair avec l’émergence d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Le premier a eu l’audace de se lancer voici un an, les circonstances évoquées plus haut lui ont ouvert le chemin. Le profil de ses principaux soutiens dessine une recomposition du PS autour de lui ; un PS qui aura alors fait son « Bad-Godesberg » malgré lui. Devenu social-démocrate, ce parti verra alors en Macron – si nous continuons à filer la métaphore allemande – un Gerard Schröder français qui jettera définitivement aux oubliettes le vieux logiciel socialiste. Les centristes qui l’ont rejoint en espérant retrouver les accents perdus du Modem des premiers jours seraient marri, une nouvelle fois. Surtout, l’idée d’un centre indépendant aura alors totalement disparu de l’échiquier politique.

Jean-Luc Mélenchon revendique d’ores et déjà l’héritage de la gauche, républicaine, laïque et révolutionnaire pour incarner une 2e gauche qui imaginera être la seule.

A l’ombre des 4 précédents, depuis plusieurs années maintenant, les propositions politiques alternatives se contentaient des miettes et s’égaraient le plus souvent dans des chemins absurdes ou complotistes. L’élection présidentielle a confirmé ce schéma : les 6 « petits » se partageant 8.5% des suffrages.

S’il s’agit d’une recomposition, ce nouveau cartel de 4 améliorera-t-il notre démocratie et notre situation politique ? Rien n’est moins sûr.

Outre que les différences avec le précédent ne sautent pas aux yeux, il manque toujours une proposition de transformation en profondeur de notre organisation politique, économique et sociale. Le citoyen est aujourd’hui enfermé dans un carcan électoral. Il ne peut en sortir, ni lui, ni aucune idée neuve. Dès lors, le débat politique tourne en rond autour de rêves anciens – école républicaine et méritocratie, « sécurité sociale », « pays des droits de l’homme », etc.  Nostalgiques, conservateurs, souvent moralisateurs, progressistes mais sans idées très convaincantes, les nouveaux 4 semblent tout autant incapable d’apporter des réponses adaptées à l’époque et porteuses d’espoirs à une population française encore plus divisée.

Il faudra donc que des « petits » (mouvements citoyens, formations politiques) continuent à porter – et se fédèrent pour le faire efficacement- cette volonté d’une modernisation radicale de la démocratie française afin de faire émerger des hommes et des femmes en capacité de proposer et tester des idées neuves.

Chômage, Macron, l’étrange réforme

Actualités, Non classéle 26 mars 20171 Commentaire

Emmanuel Macron propose une nouvelle approche du chômage, et fait de celle-ci un axe fort de son projet. Force est de constater qu’il est le seul à s’attaquer au sujet. François Fillon compte sur la baisse des charges, de la fiscalité et le renoncement aux 35h et leurs effets magiques. Benoît Hamon semble avoir renoncé à l’idée qu’il puisse y avoir du travail pour tout le monde. S’il propose classiquement un grand plan d’investissement supposé créer des emplois, son projet est surtout marqué par sa vision d’un revenu universel d’existence et d’une taxe sur les robots.

Les autres ayant renoncé à une organisation du marché du travail, examinons avec attention ce que propose Emmanuel Macron.

En substance, celle-ci repose sur deux piliers : l’abandon du système assurantiel pour un système ouvert à tous et le renforcement de l’encadrement des chercheurs d’emploi.

La fin du système assurantiel, pour quels horizons ?

Depuis l’invention de l’assurance chômage en 1958, la philosophie du système est simple. Dès lors que vous êtes salariés, une partie des cotisations prélevées sur votre salaire alimentent un fonds assurantiel que vous pouvez solliciter dès lors que le « risque » chômage survient. Vous êtes alors indemnisés. Les partenaires sociaux font régulièrement évoluer les règles (montant, durée minimum de cotisation, durée d’indemnisation, etc.) mais le principe est intégré par la population active.

Le projet « En marche » veut donc y mettre fin et le remplacer par un droit ouvert à tous, ex salariés et ex non salariés. Cela présente une certaine cohérence au regard de l’augmentation massive de l’entreprenariat en France (2.63millions d’indépendants sur une population active occupée de 26.5 millions de personne) et à l’alternance emploi salarié/non salarié que connaissent les générations nées dans les années 70 et après.

Une réforme à quel coût ?

Se pose immanquablement la question du coût d’un tel changement. E Macron avance 1.4Mds€, l’Institut Montaigne un coût entre 4 et 9 Mds €. Avec une telle fourchette, autant dire qu’on en n’a aucune idée.

Rappelons ici quelques faits trop souvent occultés. Il y a aujourd’hui 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi et environ 2 millions (jeunes, personnes au RSA qui ne le sont pas faute d’y trouver une utilité). Parmi ces 6 millions, 48% ne perçoivent aucune indemnisation. Si nous sortons du système assurantiel – c’est-à-dire du principe je cotise pour me prémunir d’un risque et je perçois une compensation lorsque le risque survient -, pour un principe de protection universelle, toute personne active peut légitimement aspirer à être indemnisée face au chômage.

Dès lors, les premiers bénéficiaires du changement proposé seront évidemment ces personnes inscrites à Pôle Emploi, mais non-indemnisées (elles n’ont pas assez cotisé, leurs droits sont éteints, etc.). Or,  l’indemnisation moyenne (des 52%) est de 1058€/mois, soit une nouvelle dépense de … 32.5 Mds€.

Intégrer les indépendants et les démissionnaires est intéressant et certainement louable. Il est pourtant peu probable, vu son coût, que la proposition d’Emmanuel Macron devienne un droit universel de compensation du chômage. Sauf à imaginer une baisse drastique de l’allocation octroyée…

Alors sur quels critères refuser cette protection à ceux qui la demanderont ?  La création de nouveaux critères d’indemnisation hors système assurantiel pourra-t-elle être comprise et acceptée par la population active ? Par qui ces critères seront-ils fixés ? Les parlementaires ? L’Etat (l’administration)?

L’Etat, nouveau gestionnaire et contrôleur du chômage ?

En effet, la réforme proposée donne à l’Etat la responsabilité de la gestion (intégration de l’Unedic à l’Etat) et surtout le contrôle des chômeurs.

A ce titre, E Macron évoque précisément le fait de pouvoir refuser 2 propositions « décentes » mais pas 3, sauf à perdre son allocation. Au-delà du principe, la question se pose du comment et qui ?

En l’Etat, Pôle emploi, à qui échoit le rôle du suivi des personnes inscrites et indemnisées, est noyé sous le volume. Un renforcement du contrôle et une approche qualitative de celui-ci supposeraient une augmentation significative du personnel de Pôle Emploi/l’Etat dédié à cette tâche et le recrutement de nouvelles compétences pour cet « accompagnement à l’emploi ». Personne ne peut en effet croire que le personnel actuel puisse assumer ces fonctions ou qu’une formation de celui-ci se ferait à moindre coût.

La fiction de l’Etat régulateur du marché de l’emploi ?

Étonnement, ce volet n’a été nulle part débattu ou même calculé en terme de dépense publique.

Rappelons ici le rapport de la Cour des Compte (2015) qui considérait que Pôle Emploi n’intervenait que dans … 12% des mises à l’emploi. Certes, les communications de Pôle Emploi évoquent le chiffre de 30% des offres du marché qui transitent par l’institution. Et quand bien même ? Dès lors que l’Etat n’a pas la capacité de réguler l’offre et la demande sur le marché du travail, comment peut-on décider du caractère « décent » d’une offre ?

En toile de fond, le propos suppose que le chômage serait lié à des chercheurs d’emploi (6 à 8 millions) qui ne prendrait pas des emplois non pourvus (300 000 ?). Peu convaincant.

Ce contrôle a d’ailleurs été enclenché par le gouvernement Valls depuis fin septembre 2015, sans qu’aucune évaluation ne semble disponible. On peut légitimement douter qu’il apporte quelque chose.

Emmanuel Macron, a présenté habilement une réforme qui semble généreuse et en phase avec l’époque. Elle l’est, superficiellement. Comme tant d’autres avant lui, il peine à imaginer une société où l’on ferait confiance. Une société où l’on substituera à la lourde bureaucratie et aux injonctions, une action plus fine sur ce qui facilite la vie des gens, en l’occurrence celle des chercheurs d’emploi et des entreprises. Une société où le rôle de l’Etat serait redéfini, – il ne saurait être le même qu’il y a trente ans – où l’expérimentation locale et l’évaluation serait privilégiée ; en bref une société plus moderne.

Le mirage de la formation continue en France

Actualités, Non classéle 2 février 2017Sans commentaire

La seconde chance nécessaire

Il y a quelques vieux poncifs dans la vie politique française. Parmi ceux-ci, la réforme de la formation continue ou professionnelle figure en bonne place. Le consensus sur l’inefficacité de l’organisation actuelle n’augure pourtant ni de propositions, ni d’un débat sur le sujet. Les candidats à la présidentielle sont très timides sur les alternatives.

Hamon évoque un « droit universel à la formation tout au long de sa vie » sans plus de précision, et Fillon, pourtant initiateur du DIF, ne parle que de « généraliser l’apprentissage dans l’enseignement professionnel ». Mélenchon n’aborde le sujet ni ne le propose sur son site participatif. A l’identique chez Le Pen dont le programme de 2012 ignorait déjà le marché du travail. Jadot, qui veut « améliorer la vie quotidienne des françaises et des français » n’a pas plus d’idées en la matière. Finalement, parmi les candidats testés dans les sondages, seul Macron évoque « tous les actifs devront pouvoir bénéficier de ressources pour se former et pouvoir s’adresser directement aux prestataires de formation, sans intermédiaire ». Sa volonté affichée de maintenir ce sujet entre les mains du paritarisme semble toutefois parfaitement contradictoire.

Cet enjeu central à l’organisation économique et sociale en France ne déchaîne donc pas l’enthousiasme. Pourtant, la plus grande part des personnes en recherche d’emploi (et de ceux qui ont renoncé) dispose d’un niveau d’instruction modeste. Ainsi, plus de 80% des personnes inscrites à Pôle emploi ont-elles au mieux le Bac (60% ont au mieux un CAP). La corrélation entre emploi et instruction/qualification est au moins au question qui se pose.

Suffit-il de penser qu’avec le temps, le phénomène ira décroissant ? Peu probable. En effet, si nous sommes parvenus à ce que 75% d’une classe d’âge atteigne le Bac, seule 42% de cette même classe d’âge aura un diplôme de l’enseignement supérieur. Outre qu’il y a là un gâchis terrible qui devrait interroger les responsables politiques, la question de la qualification de la population active française demeure entière.

Dès lors, quid de ceux, nombreux, à qui la formation initiale n’a pas permis d’acquérir une qualification ? Focalisons-nous sur une seconde chance – d’accès à une qualification – manifestement nécessaire.
Depuis combien de temps pointe-t-on dans d’innombrables rapports l’inefficacité des 30 Mds€ consacrés à la formation professionnelle ? Bien avant la naissance des générations Z, Y et peut-être X. A-t-on déjà essayé sérieusement de remettre en question le cadre légal et l’organisation en la matière ? Jamais. Les DIF, et surtout les CPF et autre CPA sont si complexes qu’ils sont des défis à l’intelligence.

L’objectif d’une remise à plat complète est simple : que chaque individu puisse se former une fois dans sa vie si la formation initiale lui a manqué. Les possibilités d’acquérir un nouveau métier et/ou de compléter sa formation découleront ensuite de la nouvelle organisation que nous aurons imaginée. L’Etat peut-il s’en charger dans le cadre d’un service public ? Peu crédible si on observe les résultats en matière d’orientation ou d’emploi. Le paritarisme ? Les résultats actuels ne plaident pas un statut quo en la matière. Il faudra donc inventer une autre organisation.

Impacts attendus : nous nous définissons largement à travers ce que nous faisons, notre métier. Cette seconde chance sera un acte significatif d’une société exigeante et bienveillante. Elle permettra une élévation du niveau moyen de compétences de la population active dont on peut légitimement espérer accroissement de l’activité, des emplois créés et de la productivité.

le projet de Jean Lassalle

Non classéle 1 février 2017Sans commentaire

Le côté « don quichotesque » de la campagne de Jean Lassalle masque un projet politique dont le contenu ne manque pourtant pas d’intérêt. Vous pouvez en prendre connaissance ici dans une synthèse autorisée.

Donner à la France une nouvelle dimension universelle, transformer notre société avec bienveillance

La France, berceau des droits de l’homme, la patrie des Lumières, celle qui a inventé la laïcité pour que les hommes puissent mieux vivre ensemble, doit se donner, au XXI siècle, une nouvelle dimension universelle.

Nos soldats seront retirés des champs de batailles africains, moyen-orientaux et asiatiques où ils mènent des combats qui ne sont plus les nôtres. L’inverse, nous investirons le champ déserté de la diplomatie et de la coopération internationale. Les ambassades françaises dans le monde deviendront des pôles de rayonnement de notre langue – la francophonie renaîtra -, de notre culture et de nos savoir-faire.

Cette ambition – trouver une nouvelle place dans le monde en cohérence avec notre histoire -nous essaierons de la transmettre à nos amis européens. Nous leur proposerons pour cela de coopérer à deux transformations  majeures des années à venir : nous donner les moyens de nous libérer de l’emprise du pétrole et du gaz en devenant autonomes sur le plan énergétique ; initier une nouvelle conquête de l’espace pour questionner l’immensité sur la solitude de l’humanité.

Notre pays, grâce à ces territoires d’outre-mer, ne voit jamais le soleil se coucher. Notre proximité à la mer nous donne accès aux ressources énergétiques illimitées dont la nature nous a comblé. La force marée motrice, le vent, le soleil sont abondants, et le savoir-faire de nos scientifiques permet aujourd’hui de stocker l’énergie ainsi produite. En quelques années, nous pouvons réaliser la transition énergétique que commande notre responsabilité vis-à-vis de notre planète et nous libérer de relations géopolitiques contraires à nos convictions.

Cette transformation énergétique éclairera un nouveau développement économique que nous voulons plus fraternel. La mondialisation est heureuse pour un certain nombre d’entre nous. Elle est triste pour trop d’entre nous. Elle est inquiétante pour beaucoup. Notre société s’est fissurée, elle menace de se fracturer si nous ne trouvons pas de nouveaux équilibres où les plus favorisés seront davantage soucieux et attentifs aux plus fragiles.

L’Etat et le personnel politique devront montrer l’exemple. L’Etat du XXIe siècle ne saurait être le même qu’au XXe. Il peut devenir un facilitateur du dialogue sur les territoires, et renforcer le rôle des communes et des maires. L’absorption des communes par des ensembles urbains toujours plus gros et technocratiques doit cesser pour retisser du lien avec ceux qui vivent sur les territoires dont nous avons besoin, et dont nous aurons besoin demain pour mieux vivre.

L’Etat ne peut être autre chose qu’un acteur bienveillant à l’égard des citoyens, alors même qu’une suspicion permanente semble gâter la relation entre le service public et l’usager. Faire confiance à nos concitoyens nous permettra d’alléger la bureaucratie.
Et cette confiance doit transparaître dans notre démocratie, pour en finir avec le sentiment la défiance et la haine à l’égard des élus. Acceptons la parole du peuple, quelle qu’elle soit. Reconnaissons le vote blanc comme un suffrage à part entière. Contraignons les élus qui ont perdu une élection à une période de réflexion et de retour au quotidien des français. Imposons aux parlementaire et ministres d’avoir été maire d’une petite commune avant de briguer d’autres responsabilités.

Nous retrouverons ainsi l’envie de faire ensemble. Un nouveau service civique sera proposé à tous les jeunes entre 18 et 20 ans. Il sera l’occasion de découvrir d’autres horizons, de partager leurs compétences, d’en acquérir certaines. Ceux qui le souhaitent pourront le faire au sein de l’armée, ceux qui en ont besoin pourront passer un permis si nécessaire pour être autonome.

Nous retrouverons confiance en l’Ecole, car la place de l’instituteur, du maître sera restaurée. Libéré du carcan bureaucratique imposé par l’administration, il sera rémunéré à hauteur de la confiance que nous lui accordons pour instruire nos enfants. A ceux qui sont déjà dans le secondaire et qui décrochent nous proposerons de passer plusieurs mois chez des petits artisans, commerçants et agriculteurs. L’Etat financera cette expérience pour 15 000 d’entre eux car nous sommes convaincus qu’elle donnera naissance à de nombreux emplois.

Un Etat bienveillant sur le marché du travail

Non classéle 30 janvier 2017Sans commentaire

Bien des sujets sont absents de la campagne présidentielle actuelle. Le marché du travail, ses graves lacunes et le rôle de l’Etat dans ce domaine est l’un de ces sujet. Si l’un des impétrants s’en préoccupait, voilà ce qu’il pourrait dire :

En premier lieu, nulle réflexion sur l’emploi ne saurait commencer sans préciser la réalité du chômage dans la société française. Outre la persistance du chômage de masse depuis plus de trente ans, l’échec des politiques sur le sujet se lit aussi dans l’effacement d’une partie de la population concernée.

Soyons lucides sur le non-emploi en France

Aux côtés des 6,5 millions de personnes inscrites et ventilées dans diverses catégories au sein de Pôle emploi, il faut aussi prendre en considération près de 2 millions de personnes qui sont, de facto dans la même situation. En l’espèce, environ 60% des jeunes inscrits dans les missions locales et 60% des personnes bénéficiaires du RSA qui ne perçoivent pas l’intérêt d’une inscription à Pôle Emploi pour revenir ou venir sur le marché du travail.

Dire que le chômage concerne en France 25% de la population active donne au sujet l’acuité nécessaire pour cesser de la considérer comme une fatalité dont le « modèle économique et social »français s’est accommodé.

Un Etat bienveillant valoriserait l’activité

Ce changement de regard doit nous permettre de changer la posture de l’Etat et de l’ensemble des services publics concernés. Qu’il s’agisse de bénéficiaires de l’allocation chômage, de l’ASS, du RSA, voire d’aucune aide particulière, la relation administrative des chercheurs d’emploi avec Pôle Emploi, ou autres services, est le plus souvent complexe, quand elle ne vire pas au kafkaïen.

L’impression générale est celle d’une méfiance à l’égard de l’usager. Par principe, soupçonnés de vouloir frauder, nos concitoyens confrontés à la réalité bureaucratique ne peuvent guère se sentir aidés par l’Etat. Or, la responsabilité de cette situation n’incombe pas aux personnels de ces institutions, mais à la complexité juridique que le législateur, les gouvernements successifs et les partenaires sociaux ont imposée. La bureaucratie est omniprésente dans les politiques de l’emploi.

Vous bénéficiez de l’allocation chômage et vous trouvez une mission de trois semaines ? Vous risquez fortement de perdre tous droits pendant plusieurs mois. Idem si vous êtes au RSA. Vous bénéficiez de l’allocation chômage et vous développez une activité comme auto entrepreneur ? Pôle Emploi vous diminue votre allocation sur des fondements juridiques très contestables. Mais peu nombreux ceux qui feront un procès à Pôle Emploi…

Le marché du travail produit de la précarité (88% des nouveaux contrats sont de court terme), mais l’Etat n’a pas adapté les règles à cette réalité.

Pour aider les gens, il peut faire – et ce serait un changement de paradigme fort – le choix de la confiance. Simplifions le cadre, permettons le cumul allocations-revenus (salaires ou prestations) et lissons le système sur une année ou deux. Une règle simple, claire incitant au travail et quelques contrôles pour sanctionner régulièrement les inévitables fraudeurs recréera un lien de confiance service public – usagers.

Impacts attendus : une fluidification du marché du travail permettant à davantage de personnes de rester sur celui-ci malgré la précarité des contrats ; une augmentation des revenus des plus modestes, simplification de leur quotidien ; une réduction des coûts pour la sphère publique.

Fort de cette nouvelle ligne de conduite – faciliter la vie des gens, faire confiance -, l’appareil public pourra se transformer pour initier de nouvelles politiques.

L’Etat lacherait la bride aux initiatives locales

Depuis longtemps maintenant (le cap des 1 millions de demandeurs d’emploi en 1976), nous avons choisi le « traitement social du chômage ». Le concept est matérialisé par les multiples mesures « d’accompagnement » des demandeurs d’emploi.

Délégué à Pôle Emploi, aux Missions locales, sous-délégué à une myriade d’acteurs associatifs, cet « accompagnement » est précisément modélisé par les pouvoirs publics. Longitudinal – on voit le demandeur d’emploi une fois tous les quinze jours (au mieux), mais en réalité une fois par mois, voire une fois tous les deux mois – cette approche consiste à orienter le demandeur d’emploi, d’un acteur à l’autre, pour lui bâtir un parcours d’insertion.

Malgré son insuccès patent, on ne change pas d’approche.

Les causes de l’échec sont multiples – institutions noyées sous la masse de la demande, missions floues, multiplication des dispositifs et moyens saupoudrés (une personne de – de 26 ans accompagnée vaut 450€ par an pour une Mission locale, un adulte demandeur d’emploi de longue durée vaudra 800€ par an en parcours d’insertion, etc. )-.

L’Etat demeure l’acteur central de ces dispositifs, convaincu que sa présence constitue une garantie. Toutes les collectivités locales participent, mais les innovations et les expérimentations sont quasi inexistantes.

Choisissons de décentraliser les actions en ce domaine, de s’appuyer sur les initiatives et idées de terrain des acteurs des territoires, et nous verrons que nous n’avons pas « tout essayé contre le chômage. »

A l’échelle des villes ou métropoles ou pays, laissons naître et grandir des expérimentations sur deux à trois ans et concentrons l’action de l’Etat sur la mobilisation des moyens financiers et le contrôle des actions.

Impacts attendus- le changement de paradigme sera porteur d’espoirs et de sens, apportera innovation et dynamisme à un écosystème épuisé par 20 ans de lutte stérile contre le chômage de masse, apportera des réponses adaptées aux tissus économiques locaux et redynamisera les marchés de l’emploi locaux.