Emploi : fausses promesses et méconnaissance du marché

Actualitésle 23 mars 2018Commentaires fermés

Quelques jours après avoir officiellement oublié les (illusoires) promesses de campagne d’E Macron sur une protection universelle contre le chômage, le gouvernement revient sur le terrain de l’emploi pour… sanctionner les chômeurs.

L’un était supposé compenser l’autre dans le message politique. En l’absence de l’un, quel est la pertinence de l’autre ? De notre point de vu, il n’y en a guère, sauf à entretenir une méconnaissance de ce qu’est le marché du travail.

Parmi les 6.28 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, moins de 50% perçoit une indemnité. L’indemnité médiane est de 1050€. Quel est alors l’objectif du contrôle souhaité par le gouvernement ? S’il s’agit de réduire la fraude à l’indemnité, l’étude de Pôle Emploi publiée en début d’année 2018 démontre qu’elle est très modeste (0.5%).

S’il s’agit de pousser les personnes à accepter une offre « décente » quand elle leur ai proposée, l’idée mérite réflexion. Un chômeur peut-il refuser un emploi qui lui rapporterait moins que son indemnité ? Nous sommes dans un système assurantiel – cotisation contre un risque, survenance du risque, indemnisation – qui tendrait à répondre oui à cette question.

Toutefois, l’importance de la valeur travail dans notre société pousse à aller au-delà de la mécanique du système. Considérant le niveau moyen de l’indemnité mensuelle (1190€ en 2017), cette hypothèse est-elle une réalité statistique répandue ? Le gouvernement dispose-t-il d’une étude secrète sur le sujet qui l’inquiéterait ? En l’état, aucune donnée n’alimente le postulat selon lequel des chômeurs refuseraient massivement des offres « décentes ».

En appuyant sur ce sujet, le gouvernement entretient une lecture datée du marché du travail (les trente glorieuses, le plein emploi, etc.) et méconnaît gravement sa réalité contemporaine. Outre que la notion « d’offres non pourvues » reste désespérément floue qualitativement et quantitativement (300 000 ? 400 000?), la simple juxtaposition de ces deux chiffres 6.28 millions de demandeurs / 400 000 offres renseigne sur l’état du marché de l’emploi.

La faiblesse de l’économie française (et de notre marché de l’emploi) tient à la faiblesse de l’offre. Parce que certains économistes considèrent aujourd’hui que notre appareil de production est au maximum de sa capacité à créer des emplois, l’idée qu’il faut travailler de ce côté a progressivement fait son chemin. D’où l’emballement depuis quelques années pour les entrepreneurs, les start-up et autres auto-entrepreneurs, etc. Toutefois, le succès n’est pas évident.

Alors, on revient vers la demande et on agite de nouveau la « flexibilité » du marché de l’emploi. Celui-ci serait plus flexible si les chômeurs étaient davantage incités à prendre les offres qui se présentent. C’est un postulat peu démontré. Tout d’abord le marché de l’emploi français est déjà très flexible, au sens souple, avec une main d’oeuvre disponible et peu contraignante relativement importante. 12 à 15% de la population active dispose en effet d’un contrat court ou d’un contrat intérimaire, et les indépendants ne sont pas intégrés dans ce calcul. Ensuite, c’est l’Etat qui crée des rigidités en ne facilitant pas les passages emploi/inactivité. Que cela soit dans le cadre de Pôle Emploi ou des mesures de solidarité (RSA, ASS, etc.), les règles administratives sont trop complexes pour cumuler dans le temps revenus du travail et allocations dans contexte d’une économique à flux tendu. Trop bureaucratique, l’Etat n’est pas bienveillant à l’égard des chercheurs d’emploi.

Reproche-t-on à un client ou à un consommateur de ne pas comprendre le produit s’il ne l’achète pas ? Non, on modifie le produit ou on explique davantage son utilisation. A ne jamais remettre en question son rôle sur le marché de l’emploi, l’Etat contribue à ses dysfonctionnements. Et rejette la responsabilité sur les chômeurs.

C’est malheureusement ce à quoi contribue le gouvernement actuel, faute de comprendre la situation contemporaine. Ce faisant, il alimente l’idée simpliste et manichéenne que trouver un travail nécessite seulement de faire des efforts.

Formation professionnelle : l’Etat, un peu de marché… et une occasion manquée

Actualitésle 16 mars 2018Commentaires fermés

L’effet d’annonce sur le “big bang” de la formation professionnelle ouvre-t-il un espoir pour tous ceux qui n’ont pas ou plus d’emploi ? L’appétit de nos dirigeants à épuiser le vocabulaire du changement (révolution, transformation, big bang…) est sans égal. Alors même que le changement initié est souvent fort modeste.

Revenons toutefois à la réforme à proprement parler. Symboliquement, en octroyant la collecte des cotisations à l’Urssaf, l’Etat signifie aux OPCA leur inefficacité et certainement leur disparition. Il passe aussi le message aux branches qu’elles ne sont plus incontournables pour définir les besoins de formation.

L’Etat reprend donc la main. L’agence quadripartite “France Compétences” validera les formations et évaluera les prix. Une nouvelle instance hors-sol et bureaucratique ? Les craintes sont légitimes.

En parallèle, et de façon surprenante, la réforme semble vouloir s’appuyer sur la logique de marché. Nous, salariés, demandeurs d’emploi, devenons libres de choisir notre formation continue ou professionnelle. En créditant en euros le CPF jusque là peu utilisé, on nous offre une liberté inédite de gérer notre carrière professionnelle. Une liberté toutefois théorique si on ne devait s’appuyer que sur ledit CPF. En 10 ans, le capital serait de 5000€. Or, le moindre CQP dans l’industrie coûte 6500€, le titre d’aide-soignante 5000€, 3000€ pour être ambulancier, ou 1000 à 1200€ pour un simple Caces. Je ne parle évidemment pas ici d’un diplôme universitaire inaccessible avec ces budgets. Quel nouveau métier peut-on apprendre avec un si petit budget, telle est au final la question centrale ?

Dès lors, quel sont donc les objectifs de ces changements ? Ici se situe l’occasion manquée. L’enjeu est évoqué : la compétitivité de la France, par une main d’oeuvre formée, adaptable aux contraintes de la mondialisation. Mais l’instrument est court et bancal et on compte sur la com — “le monde change, changeons de paradigme” — pour masquer sa faiblesse.

Rien dans cette réforme ni dans l’accord entre les partenaires sociaux (ANI — Accord National Interprofessionnel) ne concerne la formation de 6 millions de chômeurs peu ou pas qualifiés ; à l’exception d’une référence à un PIC (Plan d’Investissement dans les compétences annoncé en septembre 2017 et oublié depuis). Or, l’élévation du niveau de compétence moyen de la main d’oeuvre française est évidemment au coeur de son organisation économique.

L’actuel système permet à moins de 10% des chômeurs d’accéder à une formation, et seuls les cadres disposaient d’une capacité réelle à se former (sans d’ailleurs vraiment l’utiliser). Rien n’indique que demain il puisse en être autrement.

Il eut été nécessaire de faire table rase et de repenser la formation continue avec les contraintes contemporaines. Nos dirigeants ont simplement changé le décor.

Pas de réforme du chômage : un symbole du « macronisme » ?

Actualitésle 2 mars 2018Commentaires fermés

Pendant la campagne présidentielle, E Macron promettait l’étatisation de l’Unédic, la protection universelle des chômeurs, une nouvelle protection pour les indépendants, de la liberté pour démissionner et un contrôle renforcé des chômeurs. Le gouvernement annonce ce jour qu’il renonce à tout cela au profit du statu quo.

Seuls les fans zélés du macronisme peuvent se satisfaire d’une capacité courageuse à reculer quand la proposition n’est pas viable. Les autres observateurs et acteurs politiques pointeront, légitimement, la légèreté, l’incompétence voire la démagogie avec laquelle ces promesses ont été faites. Plus grave peut-être, il me semble qu’il s’agit surtout d’une incompréhension de ce qu’est le marché de l’emploi aujourd’hui.

Rien de change alors que bien des réformes sont nécessaires :

- Pôle emploi est inefficace  – son intervention ne contribue qu’entre 9 et 11% des retours à l’emploi -, une réforme ambitieuse aurait remis à plat la mission « d’accompagnement à l’emploi ».

- les cotisations couvrent les frais de fonctionnement de Pôle Emploi (3Mds€) mais laissent sans ressource plus de 50% des inscrits. La politique de l’emploi étant de la compétence de l’Etat, il lui appartient de l’organiser et d’en assumer les coûts.

- les règles de l’assurance chômage ne sont pas adaptées à la réalité contemporaine de l’économie – flux tendu, contrats courts, temps partiels – et le cumul salaire-allocation est très complexe. Il est par ailleurs impossible pour les bénéficiaires du RSA ou de l’ASS. L’Etat contraint alors les demandeurs d’emploi à la pauvreté.

- l’immense majorité des chômeurs est peu ou pas qualifiée. En l’attente d’une « réforme de la formation professionnelle » – avec le même résultat que sur le chômage ?-, la seconde chance d’apprendre un métier, d’élever son niveau de qualification n’existe pas ; ce qui affaiblit lourdement l’économie française.

Ce maintient du statu quo éclaire éclaire l’incapacité à adapter, moderniser ou redéfinir le « modèle économique et social français ». Il fragilise pour le moins les promesses de « transformation »portées par E Macron. Comme un symbole de ce que porte le mouvement politique qu’il représente ?

Fin du Baccalauréat, fin d’une hypocrisie

Actualitésle 18 février 2018Commentaires fermés

En annonçant, la transformation du Baccalauréat en une épreuve continue (pour 40%) agrémentée de 5 examens (dont un grand oral sur une ou deux matières choisies pour 10% de la note), le Ministre Blanquer met fin à 30 ans d’ambiguïtés et d’hypocrisie. Ambiguïtés sur le rôle du Baccalauréat, hypocrisie sur la symbolique républicaine de ce diplôme.

La logique d’examen/concours qui animait le Baccalauréat faisait écho aux idéaux républicains de l’égalité et du mérite. Les programmes étant les mêmes pour tous, l’obtention du bac sanctionnait la fin des études secondaires en validant ou non un niveau de connaissances. Ledit niveau donnait alors l’accès à divers structures d’enseignement supérieur.

Beaucoup a été écrit sur la reproduction sociologique que sanctionnait aussi ce diplôme. Les enfants de cadres, d’enseignants parvenait mieux que les autres à ce niveau. En conséquence, le nombreuses réformes opérées depuis 30 ans visèrent toutes à « démocratiser » l’Ecole ; en clair, à permettre à davantage d’enfants d’acquérir le niveau de connaissances attendu à la fin du Lycée.

La réalité cachée des « 80% au bac »

Cet objectif, énoncé dans les années 80, était louable. Nul ne peut contester aujourd’hui que nos gouvernements ont plutôt réduit le niveau attendu qu’élargit la capacité des enfants à l’atteindre. Les tests PISA et autres sont des révélateurs. La multiplication des bacs dits « professionnels » ou « technologiques » (+ de 80) est un symptôme. En effet, le chiffre de 80% d’une classe d’âge titulaire du bac (dont nous sommes proches) cache une réalité : seule 37% d’une classe d’âge obtient le bac généraliste, celui qui permet un accès serein à l’enseignement supérieur.

Le taux d’échec à l’université (58% d’une classe d’âge n’obtiendra pas de diplôme universitaire) sanctionne alors lourdement l’illusion créée par la détention d’un Bac finalement non significatif du niveau de connaissances.

Fin de l’hypocrisie

Les renoncements sur la valeur du bac étaient le fruit d’un constat implacable : tous les lycées ne prodiguent pas le même niveau d’enseignement. Malgré l’unicité des programmes, la diversité des environnements, de l’appétit des enfants, de la qualité des enseignants constituent autant de variables empêchant l’égalité des chances. Le mythe républicain était sérieusement écorné par le réel. Les discours et le Bac constituaient un voile qui masquait cette réalité. Il est maintenant levé.

Avec 50% de la note lié au contrôle continu, ces variables seront au coeur des parcours des lycéens. La course au lycée exigeant, qui ne note pas trop large, déjà à l’oeuvre au sein de la classe moyenne, s’accentuera. Inscrire ses enfants dans l’école primaire qui donnera accès au bon collège, puis au lycée réputé, sera la stratégie des familles dès lors que la dernière illusion d’un diplôme à la valeur partagée est levée.

En conséquence, le lieu de résidence, le niveau culturel des parents et leurs ressources financières deviennent les critères les plus déterminants pour l’instruction des enfants. Avec cette réforme disparaît le dernier gardien du mythe de l’école républicaine. A jamais ?

Sortir d’une conception étriquée de l’égalité

Dans les années 60, plusieurs sociologues dont Bourdieu, insistaient sur l’importance de l’héritage culturel dans la réussite scolaire. Plus de 50 ans après, enfermés dans une conception étriquée de « l’égalité », les responsables politiques renoncent à l’idéal de l’école républicaine : un égal lieu d’accès à la connaissance et aux savoirs quelques soient les particularités des enfants.

Pourtant, la promesse de CP scindés en deux laissait à penser que le logiciel de la majorité de 2017 pouvait être différent. Le Ministre annonce 160000 enfants touchés par cette réforme, soit 20% d’une classe d’âge. L’intuition est bonne. Là où l’environnement culturel est favorable les classes de 30 ne sont pas un problème. Ailleurs, l’égalité des chances requiert de réduire le nombre d’élèves pour maintenir l’exigence du niveau.

Cette logique doit-elle s’interrompre après le CP ou le CE1 ? En l’état de notre système d’instruction (tests Pirls), il serait sage d’insister. Et de lancer bien d’autres transformations : des collèges et lycées ouverts toute l’année pour offrir aux enfants qui le souhaitent un cadre permanent pour apprendre, des enseignants mieux formés et mieux payés, de l’autonomie pour les principaux et proviseurs pour expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, etc.

L’idéal républicain d’une école exigeante et bienveillante pour tous nécessite une révolution de notre organisation scolaire. Mais les CP à 12 élèves ou la fin du Bac, laquelle de ces deux réformes éclairent l’esprit de nos dirigeants actuels ?

2018, des réponses inédites?

Actualitésle 12 janvier 2018Commentaires fermés

2018, un vœu pour une métropole au rayonnement assumé

Les enfants scolarisés et sans abri, les réfugiés ou demandeurs d’asile éclairent les limites actuelles du « rayonnement de la Métropole lyonnaise ». Ils pourraient constituer pourtant l’occasion d’affirmer une éthique de la prospérité qui donnerait un nouveau sens à l’engagement politique.

Depuis plusieurs mois, des parents d’élèves alertent Mairie et Préfecture sur la situation d’enfants scolarisés mais sans abri. Entre 150 et 200 selon les estimations. En posant la question – comment Lyon ne trouve-t-elle pas une solution rapide pour 200 enfants ? – on hésite entre gêne et sidération.

Les complexités administratives sont mises en avant. Le point est incontestable. État, Département, Métropole, Ville, tous sont tout ou partie compétents dans ce domaine, mais jamais seuls. La définition des limites de responsabilité de chacun mobilise alors l’essentiel de l’énergie des acteurs. Le constat est déshumanisant et il est certain que lesdits acteurs seront choqués de lire ces lignes, mais le réel est-il si différent ? A minima, ne manque-t-il pas une volonté politique chez les uns ou les autres pour d’abord trouver une solution, puis régler la question des compétences ?

L’inertie a toutefois des causes plus profondes. Depuis la célèbre phrase d’un premier ministre de gauche, supposée en référer au réalisme de celle-ci, s’est diffusée la conviction politique que des mesures trop favorables aux réfugiés et autres demandeurs d’asile créeraient un appel d’air peu souhaitable. L’actuel Ministre de l’Intérieur l’a rappelé sans gène cet été à plusieurs reprises. Comment ne pas voir cette conviction à l’oeuvre dans la situation des mineurs sans abri à Lyon ?

Faut-il critiquer cette situation ? Incontestablement. Les responsables politiques lyonnais se qualifient trop souvent d’humanistes pour ne pas, de temps en temps, se voir évaluer à l’aune de cette valeur. Mais on doit aussi s’extraire d’un débat trop simpliste et comprendre pourquoi il importe de se saisir de ces sujets.

Pas de rayonnement sans réfugiés

La présence de réfugiés/demandeurs d’asile à Lyon est l’autre facette de l’attractivité de la ville. Le « rayonnement »est l’alpha et l’oméga de toutes les politiques publiques menées ici. Nos élus, comme beaucoup de lyonnais, sont flattés et fiers de voir la ville figurer dans les nombreux classements relatifs à l’attractivité ou la qualité de vie. La présence de réfugiés souhaitant bénéficier de cette dernière n’est pas surprenante. Revers de la médaille ? Peut-être. Considérer que nous pourrions avoir l’attractivité sélective serait d’une grande bêtise.

Les métropoles sont les lieux où se créent les richesses, car elles concentrent matières grises, capitaux et infrastructures. N’est-ce pas le lieu aussi où doivent émerger des solutions nouvelles à des problèmes anciens et récurrents ?

Une responsabilité particulière naît de la prospérité, quand bien même celle-ci serait méritée. Notre héritage judéo-chrétien nous y invite. Nos convictions républicaines nous l’imposent.

Cette éthique de la prospérité peut guider la politique menée au sein de la Métropole. Les difficultés rencontrées constitueraient alors des catalyseurs pour faire émerger des solutions nouvelles.

En l’espèce, nous pourrions aisément bâtir des habitats temporaires (et réutilisables) de qualité, à base de conteneurs ou de bois – le territoire dispose d’ailleurs d’entreprises leader sur le sujet – et expérimenter de nouvelles approches visant à favoriser l’intégration – langue, culture, codes sociaux – là où l’État a si souvent échoué ces dernières années. Seule la volonté de faire manque aujourd’hui.

Souhaitons-nous pour 2018 cette volonté et cette éthique de la prospérité. Elles redonneront du sens à l’engagement politique.

Lyon (et les métropoles) peuvent-elles être l’avenir de la COP23 ?

Actualitésle 12 novembre 2017Sans commentaire

La COP23 est à Bonn depuis une semaine. Une nouvelle réunion est annoncée par le Président de la République en décembre prochain dans la continuité des accords de Paris. Pourtant, ces rdv ne masquent pas le constat d’immobilisme dans lequel se figent les États face au risque climatique. Les prévisions scientifiques les plus optimistes considèrent que l’augmentation de 2,5°C pourrait être un plafond. D’autres considèrent que les frontières d’un changement irréversible du climat ont déjà été franchies.

Faute de démarches onusiennes ou interétatiques porteuses de perspectives, il faut se tourner vers les initiatives unilatérales de certains Etats – ainsi, l’Inde interdira, à partir de 2030, la vente sur son territoire de tout véhicule à moteur thermique -. ou celles de grandes villes, voire d’entreprises.

Lyon n’est pas connue pour ses réponses en matière de développement durable ou de protection de l’environnement. Présente dans bien des classements comparatifs, elle est systématiquement absente de ceux relatifs à ce sujet.

Un tissu industriel favorable mais pas d’appétit politique

Pourtant, il est aisé d’imaginer que cette situation puisse changer. Depuis plusieurs années, le tissu économique lyonnais se distingue par l’émergence de solutions en matière de déplacements électriques. SITL, Courb, Moke/Burby’s, Navya…, et bien d’autres. Les difficultés et la disparition de certains de ces acteurs économiques au cours des dernières années sont le reflet d’une absence de stratégie « déplacements électriques » sur le territoire,

Les quelques bluely et la perspective d’avoir des vélos électriques en libre service d’ici 2020 ne peuvent plus longtemps masquer le manque de vision dans ce domaine. La mutation des moteurs thermiques vers d’autres types de propulsion (dont l’électrique) nécessite de bâtir des marchés propices, et les métropoles peuvent être des acteurs majeurs de ce changement. Déplacements individuels, transports collectifs, fret sont autant de domaines où l’impulsion publique locale sera décisive. Réglementer, produire de l’énergie, définir un prix du carbone sur le territoire sont autant de leviers pour l’action politique.

Quelques opposants récurrents aux véhicules électriques renvoient le débat aux sources de ladite énergie électrique, et notamment au nucléaire. Ils n’ont pas complètement tort. La question énergétique est au cœur du sujet d’une stratégie déplacements électriques pour la Métropole. La Métropole est un territoire qui peut favoriser la production d’énergie – biogaz notamment -, de micro-énergie (capteurs et récupérateurs en tout genre), et d’économiser la consommation énergétique dans le bâtiments.

En produisant lui-même de l’électricité, le territoire peut permettre à des infrastructures (éclairage public) de fonctionner de façon autonome et alimenter un réseau de bornes pour structurer des déplacements électriques.

Outre l’enjeu environnemental qui se situe à l’échelle internationale et peut donc paraître abstrait et lointain, une telle stratégie comprend un objectif de santé publique – réduction des particules fines et du bruit – et un enjeu économique/industriel. L’avance dont dispose le territoire, la proximité d’industries et d’universités/écoles de haut niveau sont autant de facteurs qui font de la région lyonnaise un leader potentiel. Une opportunité rare qu’il ne faudra pas rater.

Ecoles, une consultation faute d’imagination ?

Actualitésle 15 octobre 2017Commentaires fermés

Chacun se souvient des réticences de G Collomb à aborder la réforme des rythmes scolaires. Le candidat aux élections municipales de 2014 avait tardivement esquissé une adaptation facturée aux familles. Le Maire avait traité la contrainte sans ambition ni bonne volonté.

Ce faisant, il confirmait un choix politique constant à Lyon. Les écoles n’ont jamais été un sujet prioritaire. De crises de cantine à répétition à l’incapacité de percevoir la réforme comme une opportunité, la majorité municipale en place depuis 2001 a toujours perçu le sujet « école » comme une contrainte.

Dans quelques jours s’ouvre une grande consultation imaginée par la Ville à propos des rythmes scolaires et des activités péri-scolaires. L’objectif de cette démarche est ambitieux puisqu’il s’agit rien moins que d’ »améliorer le bien-être des 38 000 élèves par une prise en charge qualitative et cohérente pour favoriser leurs apprentissages et prendre en compte les besoins des familles. » Un changement d’approche ?

On trouve toutefois pèle-mêle une « consultation numérique » – davantage une expression libre dont il est probable qu’il ne peut rien sortir -, une consultation/écoute verticale et bilatérale avec les acteurs associés du sujet (copie de la méthode Macron avec les syndicats ?), enfin une étude auprès des enfants confiée à un cabinet extérieur. Effet d’annonce ?

Les différents adjoints aux affaires scolaires qui se sont succédés depuis 15 ans ont sagement géré l’existant sans apporter ou expérimenter d’idées neuves.

Nulle tentative d’organiser au mieux le service de cantine scolaire en s’appuyant sur les restaurants à proximité. Nulle volonté d’améliorer la condition économique et sociale des personnels de cantine en constituant un groupement d’employeurs avec des entreprises du secteur Aucune expérimentation sur les cantines zéro déchets Nulle volonté de renforcer l’accès aux savoirs et aux connaissances (aucune initiative depuis la suppression des initiations à l’anglais sous R Barre) Nul projet transversal aux écoles et ou aux quartiers pour favoriser les rencontres et la mixité, ni projet européen pour proposer cet horizon aux enfants.

A se contenter de rénover ou construire des écoles (tâches éminemment nécessaires), les élus lyonnais en charge du sujet sont restés coincés au XXe siècle. L’Ecole ce n’est plus seulement la compétence de l’Etat, c’est aussi l’affaire des pouvoirs locaux. Et pour cela, il faut de l’imagination et la volonté de tester des idées neuves.

Faute d’en avoir, on lance une consultation ? Pourquoi pas, mais le manque de structuration de la démarche ne permettra pas d’aboutir à ce résultat. Alors, à défaut, un satisfecit de l’existant ? La connaissance et le savoir sont les clés de notre époque et les petits lyonnais ne bénéficient d’aucun des avantages que le dynamisme de la métropole devrait leur apporter. Preuve que ce n’est pas encore une préoccupation des élus locaux.

voter macron sans hésitation

Non classéle 3 mai 2017Sans commentaire

En 2002, le duel Chirac-Le Pen était arbitré par les français à 83/17. En 2017, les estimations des sondeurs affichent le duel Macron-Le Pen, au mieux, à 60/40.

Cette mise en miroir des deux résultats éclaire le bilan de ceux et celles qui ont gouverné ces 15 dernières années.Ils n’en tirent pas de conséquence car nous les avons trop souvent réélus.

La campagne présidentielle qui s’achève, à l’instar de la précédente, fut mauvaise. Pauvre en idées neuves, renforçant les clivages au sein de la population française au lieu de les atténuer, elle ne nous rassure pas sur notre trajectoire collective.

Les appels à voter blanc ou à s’abstenir parmi les candidats qui ne se sont pas qualifiés pour le 2nd tour marquent la profondeur des divisions qui s’installent au coeur de notre société.

Je voterai Macron au 2e tour. Je comprends les doutes et les craintes que sa campagne a générés. Je demeure sceptique sur la sincérité du message, peut-être pour avoir déjà souvent entendu les mêmes promesses de renouvellement jamais réalisées. Je suis déçu par le manque d’ambition d’un projet qui aménage plus qu’il ne transforme alors mêmes que les circonstances étaient exceptionnellement favorables.

Je n’ai donc pas voté Macron au 1er tour, mais je le ferai au 2nd, sans hésitation. Si ses partisans se trompent, il sera un président sans solution et nous aurons (encore) un peu de temps devant nous pour essayer de nouvelles approches. A l’inverse, avec Marine le Pen, le chaos serait immédiat. Et si j’entends la colère et le désespoir de ceux qui voient là un mal nécessaire qui permettra, après, de reconstruire, la durée du « après » est trop incertaine pour prendre le risque.

Une recomposition politique, mais laquelle ?

Non classéle 26 avril 2017Sans commentaire

Le résultat du 1er tour de la présidentielle nous propose-t-il une recomposition profonde du paysage politique français ou est-il le simple fruit d’un concours de circonstances exceptionnelles ?

L’enlisement du leader de la droite traditionnelle dans une succession de mensonges et de postures victimaires est une de ces circonstances. Le bilan du Président en place – conduisant ce dernier à ne pas se présenter et, par voie de conséquence, à marginaliser son parti -, en est une autre.

Un bloc de 4 avait structuré l’offre politique française en 2007, puis en 2012. Un autre émerge au soir du 1er tour de 2017, est-il si différent ?

L’absence de la droite traditionnelle du 2nd tour, dans une élection qui lui était promise, ne saurait être la conséquence de la seule inconséquence de son représentant. Se projetant, dès 20h01, vers les législatives, ses responsables ne peuvent faire l’économie d’une réflexion et d’un choix quant au positionnement de la droite. Elle a deux options. La première Droite Forte/Sens commun lui offre une base électorale hyperactive, furibonde et quasi fanatisée. Ce retour à la « droite légitimiste » l’enferme tant cette base peinera à s’élargir. La seconde consiste à recoller les morceaux avec ses vieux alliés UDI tout en renouvelant la génération de ses représentants. Dans l’intérêt de la démocratie, la seconde option est préférable mais est-elle encore possible ?

L’effacement du PS va de pair avec l’émergence d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Le premier a eu l’audace de se lancer voici un an, les circonstances évoquées plus haut lui ont ouvert le chemin. Le profil de ses principaux soutiens dessine une recomposition du PS autour de lui ; un PS qui aura alors fait son « Bad-Godesberg » malgré lui. Devenu social-démocrate, ce parti verra alors en Macron – si nous continuons à filer la métaphore allemande – un Gerard Schröder français qui jettera définitivement aux oubliettes le vieux logiciel socialiste. Les centristes qui l’ont rejoint en espérant retrouver les accents perdus du Modem des premiers jours seraient marri, une nouvelle fois. Surtout, l’idée d’un centre indépendant aura alors totalement disparu de l’échiquier politique.

Jean-Luc Mélenchon revendique d’ores et déjà l’héritage de la gauche, républicaine, laïque et révolutionnaire pour incarner une 2e gauche qui imaginera être la seule.

A l’ombre des 4 précédents, depuis plusieurs années maintenant, les propositions politiques alternatives se contentaient des miettes et s’égaraient le plus souvent dans des chemins absurdes ou complotistes. L’élection présidentielle a confirmé ce schéma : les 6 « petits » se partageant 8.5% des suffrages.

S’il s’agit d’une recomposition, ce nouveau cartel de 4 améliorera-t-il notre démocratie et notre situation politique ? Rien n’est moins sûr.

Outre que les différences avec le précédent ne sautent pas aux yeux, il manque toujours une proposition de transformation en profondeur de notre organisation politique, économique et sociale. Le citoyen est aujourd’hui enfermé dans un carcan électoral. Il ne peut en sortir, ni lui, ni aucune idée neuve. Dès lors, le débat politique tourne en rond autour de rêves anciens – école républicaine et méritocratie, « sécurité sociale », « pays des droits de l’homme », etc.  Nostalgiques, conservateurs, souvent moralisateurs, progressistes mais sans idées très convaincantes, les nouveaux 4 semblent tout autant incapable d’apporter des réponses adaptées à l’époque et porteuses d’espoirs à une population française encore plus divisée.

Il faudra donc que des « petits » (mouvements citoyens, formations politiques) continuent à porter – et se fédèrent pour le faire efficacement- cette volonté d’une modernisation radicale de la démocratie française afin de faire émerger des hommes et des femmes en capacité de proposer et tester des idées neuves.

Chômage, Macron, l’étrange réforme

Actualités, Non classéle 26 mars 20171 Commentaire

Emmanuel Macron propose une nouvelle approche du chômage, et fait de celle-ci un axe fort de son projet. Force est de constater qu’il est le seul à s’attaquer au sujet. François Fillon compte sur la baisse des charges, de la fiscalité et le renoncement aux 35h et leurs effets magiques. Benoît Hamon semble avoir renoncé à l’idée qu’il puisse y avoir du travail pour tout le monde. S’il propose classiquement un grand plan d’investissement supposé créer des emplois, son projet est surtout marqué par sa vision d’un revenu universel d’existence et d’une taxe sur les robots.

Les autres ayant renoncé à une organisation du marché du travail, examinons avec attention ce que propose Emmanuel Macron.

En substance, celle-ci repose sur deux piliers : l’abandon du système assurantiel pour un système ouvert à tous et le renforcement de l’encadrement des chercheurs d’emploi.

La fin du système assurantiel, pour quels horizons ?

Depuis l’invention de l’assurance chômage en 1958, la philosophie du système est simple. Dès lors que vous êtes salariés, une partie des cotisations prélevées sur votre salaire alimentent un fonds assurantiel que vous pouvez solliciter dès lors que le « risque » chômage survient. Vous êtes alors indemnisés. Les partenaires sociaux font régulièrement évoluer les règles (montant, durée minimum de cotisation, durée d’indemnisation, etc.) mais le principe est intégré par la population active.

Le projet « En marche » veut donc y mettre fin et le remplacer par un droit ouvert à tous, ex salariés et ex non salariés. Cela présente une certaine cohérence au regard de l’augmentation massive de l’entreprenariat en France (2.63millions d’indépendants sur une population active occupée de 26.5 millions de personne) et à l’alternance emploi salarié/non salarié que connaissent les générations nées dans les années 70 et après.

Une réforme à quel coût ?

Se pose immanquablement la question du coût d’un tel changement. E Macron avance 1.4Mds€, l’Institut Montaigne un coût entre 4 et 9 Mds €. Avec une telle fourchette, autant dire qu’on en n’a aucune idée.

Rappelons ici quelques faits trop souvent occultés. Il y a aujourd’hui 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi et environ 2 millions (jeunes, personnes au RSA qui ne le sont pas faute d’y trouver une utilité). Parmi ces 6 millions, 48% ne perçoivent aucune indemnisation. Si nous sortons du système assurantiel – c’est-à-dire du principe je cotise pour me prémunir d’un risque et je perçois une compensation lorsque le risque survient -, pour un principe de protection universelle, toute personne active peut légitimement aspirer à être indemnisée face au chômage.

Dès lors, les premiers bénéficiaires du changement proposé seront évidemment ces personnes inscrites à Pôle Emploi, mais non-indemnisées (elles n’ont pas assez cotisé, leurs droits sont éteints, etc.). Or,  l’indemnisation moyenne (des 52%) est de 1058€/mois, soit une nouvelle dépense de … 32.5 Mds€.

Intégrer les indépendants et les démissionnaires est intéressant et certainement louable. Il est pourtant peu probable, vu son coût, que la proposition d’Emmanuel Macron devienne un droit universel de compensation du chômage. Sauf à imaginer une baisse drastique de l’allocation octroyée…

Alors sur quels critères refuser cette protection à ceux qui la demanderont ?  La création de nouveaux critères d’indemnisation hors système assurantiel pourra-t-elle être comprise et acceptée par la population active ? Par qui ces critères seront-ils fixés ? Les parlementaires ? L’Etat (l’administration)?

L’Etat, nouveau gestionnaire et contrôleur du chômage ?

En effet, la réforme proposée donne à l’Etat la responsabilité de la gestion (intégration de l’Unedic à l’Etat) et surtout le contrôle des chômeurs.

A ce titre, E Macron évoque précisément le fait de pouvoir refuser 2 propositions « décentes » mais pas 3, sauf à perdre son allocation. Au-delà du principe, la question se pose du comment et qui ?

En l’Etat, Pôle emploi, à qui échoit le rôle du suivi des personnes inscrites et indemnisées, est noyé sous le volume. Un renforcement du contrôle et une approche qualitative de celui-ci supposeraient une augmentation significative du personnel de Pôle Emploi/l’Etat dédié à cette tâche et le recrutement de nouvelles compétences pour cet « accompagnement à l’emploi ». Personne ne peut en effet croire que le personnel actuel puisse assumer ces fonctions ou qu’une formation de celui-ci se ferait à moindre coût.

La fiction de l’Etat régulateur du marché de l’emploi ?

Étonnement, ce volet n’a été nulle part débattu ou même calculé en terme de dépense publique.

Rappelons ici le rapport de la Cour des Compte (2015) qui considérait que Pôle Emploi n’intervenait que dans … 12% des mises à l’emploi. Certes, les communications de Pôle Emploi évoquent le chiffre de 30% des offres du marché qui transitent par l’institution. Et quand bien même ? Dès lors que l’Etat n’a pas la capacité de réguler l’offre et la demande sur le marché du travail, comment peut-on décider du caractère « décent » d’une offre ?

En toile de fond, le propos suppose que le chômage serait lié à des chercheurs d’emploi (6 à 8 millions) qui ne prendrait pas des emplois non pourvus (300 000 ?). Peu convaincant.

Ce contrôle a d’ailleurs été enclenché par le gouvernement Valls depuis fin septembre 2015, sans qu’aucune évaluation ne semble disponible. On peut légitimement douter qu’il apporte quelque chose.

Emmanuel Macron, a présenté habilement une réforme qui semble généreuse et en phase avec l’époque. Elle l’est, superficiellement. Comme tant d’autres avant lui, il peine à imaginer une société où l’on ferait confiance. Une société où l’on substituera à la lourde bureaucratie et aux injonctions, une action plus fine sur ce qui facilite la vie des gens, en l’occurrence celle des chercheurs d’emploi et des entreprises. Une société où le rôle de l’Etat serait redéfini, – il ne saurait être le même qu’il y a trente ans – où l’expérimentation locale et l’évaluation serait privilégiée ; en bref une société plus moderne.