Rythmes scolaires, qui a bénéficié de la réforme ?

Actualitésle 4 avril 2015Commentaires fermés

Rappelons ici que la réforme des rythmes scolaires visait un progrès ; elle n’était pas seulement pas la nécessité pour un Ministre éphémère de faire parler de lui. Changer la semaine de 4 jours en semaine de 4 jours 1/2 devait permettre d’alléger le rythme des enfants, et par là de faciliter les apprentissages.

Il est trop tôt pour mesurer l’effet sur le second point. Il n’est pas trop tard pour rappeler que cela suppose d’avoir des outils de comparaison avant/après – test Prils en CM1, niveau de compréhension en français, de maîtrise en mathématique à l’entrée en 6e -.
L’allègement du rythme des enfants – et par voie de conséquence de leur fatigue – semble à l’inverse facile à constater. Notre impression, fondée sur des témoignages de parents et d’enseignants, est que les enfants ne sont pas moins fatigués, voire, à l’inverse, pénalisés par l’absence de coupure à m-semaine.
Ainsi que nous l’expliquions l’année dernière, la portée réelle de cette réforme ne reposait pas tant sur les objectifs initiaux que sur les opportunités qu’elle offrait et sur la façon dont elle était mise en oeuvre.
Cela supposait de prime abord que l’on cesse de considérer – dans la sphère politico-administrative – que l’éducation, l’accès aux savoirs soit de la seule responsabilité de l’Etat. La ville, et particulièrement la Métropole, au regard des ressources dont elle dispose, a une obligation morale à mobiliser ces ressources dans l’intérêt de ses enfants. A Lyon, Gérard Collomb et sa majorité se sont dérobés.
7 mois après la mise en oeuvre, 1 an après les élections que constatons nous ? La majorité municipale a fait plusieurs choix qui explique la situation actuelle.
Le choix de la demi-journée du vendredi après-midi pour concentrer le temps dégagé par la réforme est un choix de facilité administrative ; contrainte d’être employeur, la Ville a privilégié la possibilité d’offrir une demi-journée de travail plutôt que des heures fractionnées sur plusieurs jours. D’autres arguments – éducatifs (intérêts de l’enfant), pédagogiques (corrélation avec les projets des écoles), sociaux (rythmes des familles) – plaidaient pour une organisation différente. La Mairie a donc privilégié l’intérêt de l’institution publique à celui des intérêts qu’elle doit servir.
Le second choix est celui de recruter des personnels (presque) qualifiés pour assurer une garderie, sans ambition éducative. La promesse faite de sécurisé ces temps périscolaires en garantissant la formation des encadrants s’est in fine reposé uniquement sur le Bafa – Brévet d’aptitude aux fonctions d’animateur -. Exigé pour les recrutements, payés aux personnels de cantine pour s’offrir une main d’oeuvre supplémentaire, ce diplôme dont la vocation est « d’encadrer de façon non professionnelle et à titre occasionnel des enfants et des adolescents » (nous citons le site www.jeunes.gouv), est devenu l’alpha et l’oméga du projet périscolaire. Il permet de ne rémunérer les personnels qu’au Smic, gérant ainsi la contrainte de la réforme à moindre coût.
Le choix enfin de rendre ce temps de vendredi après-midi non-obligatoire et payant, livrant ainsi les enfants au capital social et culturel de leur famille. Un choix bien éloigné de l’idéal républicain de l’école, supposé compenser les différences entre enfants. Au final, moins de 60% d’inscrits sur ce temps du vendredi. Ceux qui ont les moyens de proposer d’autres activités à leurs enfants le font. Ceux qui ne souhaitent pas payer pour ce temps prennent d’autres dispositions, avec, on le suppose, de nombreux enfants livrés à eux-mêmes.
Au final, nous avons une réforme mis en oeuvre sans autres finalités que d’en réduire le coût – organisationnel et financier – pour l’acteur public. Le débat démocratique fut quasi inexistant, car le personnel politique se désintéresse globalement des enjeux d’accès aux savoirs et d’éducation.
Les parents d’élèves n’ont pas perçu la portée du sujet pendant la campagne électorale, peu aidés en cela par les principales formations politiques qui refusaient de traiter le sujet sérieusement. Aujourd’hui, ils subissent ou se plaignent. Certains font connaître leur satisfaction de voir que les enfants passent une après-midi agréable. Certaines écoles parviennent à initier des activités de théâtre, de chorale, ou autres.
L’ensemble est désordonné, sans fil conducteur.
A Lyon, comme ailleurs se rassureront peut-être certains, nous avons renoncé à donner à nos enfants plus de chances de réussir. C’était une occasion de réunir toute la communauté éducative du territoire – enseignants, parents, sachants et enfants – autour d’une ambition commune. Dans un contexte d’effondrement de notre système éducatif, c’est une faute politique.
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