Quelques idées simples sur la Grèce

Actualitésle 5 juillet 2015Commentaires fermés

Avant le résultat du référendum, et sans faire ni de pari sur ce qu’il donnera, ni de spéculations sur les conséquences qu’il aura, je prends le temps de mettre sur le papier quelques faits et quelques convictions qui me sont chères.

Le principe de responsabilité

La Grèce entre dans l’Euro-groupe en 2000. On découvrira, quelques années plus tard (2004), que l’Etat grec avait falsifié ses comptes pour être en conformité avec les critères de l’Euro-groupe. Falsification entamée fin 90 et poursuivie début 2000 avec la complicité de la banque Goldman Sachs. La narration de cette histoire ici et ici.

Le fait est que bien des responsables politiques commentent, débattent, proposent aujourd’hui en oubliant la légèreté dont ils ont fait preuve à l’époque alors qu’ils étaient qui Ministre des Finances, qui députés européens. Plus grave cependant est l’absence de conséquences juridiques et politiques aux fraudes constatées.

Du côté des responsables politiques grecs : le premier Ministre (Simitis) a démissionné en 2004. Des affaires de corruption ont contraint son successeur conservateur (Karamanlis) à démissionner en 2009, pour laisser le champ à… Papandréou qui était Ministre des Affaires étrangères de Simitis.

Du côté de la banque Goldman Sachs : aucune conséquence

Du côté des responsables européens : des membres de la Commission qui se sont fait avoir – peut-on parler d’incompétence ? – ou des responsables politiques qui ont relativisé les signaux (niveau de la dette notamment), il n’y aura pas de conséquence non plus.

Dans un contexte où le principe de responsabilité est à ce point inexistant, peut-on faire le reproche aux dirigeants grecs d’espérer voir le comportement de leurs prédécesseurs absous et la dette annulée ? (je n’ai pas parlé du FMI ici, mais les propos eussent été dans la même veine)

Démocratie et légitimité

Syrisa a remporté les élections après plus de 20 ans d’alternance entre deux familles politiques – les Karamanlis et les Papandréou -. Avec ce que cette situation suggère de corruption morale et économique. Les deux partis politiques – et les deux familles – sont co-responsables du niveau de corruption de l’Etat et de l’économie grecque (un peu de lecture ici). A ce titre, je crois que la victoire électorale de Syrisa est davantage la volonté de mettre à l’écart les deux que la victoire d’une supposée extrême-gauche.

Malgré ce niveau de corruption, les autres membres de l’Union européenne et de l’euro-groupe ont toujours entretenu les meilleures relations avec les dirigeants politiques grecs. Le cynisme est certainement une vertu nécessaire. Il peut suppléer efficacement les principes – souveraineté démocratique, non ingérence, etc., et permettre de repousser les problèmes. Toutefois, il ne saurait effacer la nécessité de savoir et la responsabilité démocratique liée à ce savoir.

La démocratie grecque est fragilisée, autant que la légitimité des dirigeants européens.

Un compromis suppose des efforts des deux côtés

Faire des efforts côté grec serait d’admettre que l’Etat n’est pas à la hauteur des enjeux du XXIe siècle, et demander l’aide de l’Europe pour le rebâtir. A l’instar de ce que l’Europe a fait et fait encore en Roumanie ou en Bulgarie. Cela peut s’apparenter à une mise sous tutelle, perçue comme humiliante par le peuple grec, mais demander de l’aide est toujours difficile.

Faire des efforts coté européen, serait d’admettre que le peuple grec ne peut pas payer la dette, que les dirigeants politiques européens ont fait preuve de légèreté pendant trop longtemps – et donc assumer cela devant leurs propres électeurs -, et donc l’annuler en tout ou partie.

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