Macron illusion médiatique et politique

Pourquoi Macron n’est (encore) qu’une illusion

Actualitésle 5 septembre 2016Commentaires fermés

Les gens en parlent, au moins ceux qui suivent la vie politique. La personnalité d’Emmanuel Macron, ses sourires placides, ses petites phrases, sa démission attirent l’attention des médias parisiens. Des gens semblent prêts à s’engager pour lui : le nonagénaire millionnaire, ex-financier de la deuxième gauche de Rocard lui a ouvert sa bourse, les animateurs de « En Marche » lui donnent du temps, de nombreuses personnes semblent avoir adhéré (0€) à son mouvement.

Sa démission du gouvernement a accentué l’excitation médiatique. On commence à décortiquer le bonhomme (ses revenus, ses réseaux, etc.) ; elle a aussi poussé le monde politique à émettre des signaux. Certains pour rappeler que la politique économique de François Hollande, c’est lui…, d’autres l’habillent pour l’hiver comme représentant des élites hors-sol, d’autres enfin pour lui montrer de l’affection (des petits mouvements comme Nous, Citoyens, La Transition, des parlementaires socialistes, des responsables UDI, etc.). Cette attention se cristallise sur son hypothétique participation réelle à la vie politique française, à savoir comme candidat à la présidentielle – ce que même les sondages nous disent ! – ou comme fondateur d’un nouveau parti.

Parrainages, budget et organisation pour la présidentielle ?

Or, cette attention est, à ce jour, inversement proportionnelle, à sa capacité à participer à l’élection présidentielle. Emmanuel Macon demeure une illusion médiatique et politique, et ce pour quelques raisons qui tiennent à l’organisation de la vie politique française et aux (dys)fonctionnements de notre démocratie.

L’élection présidentielle nécessite l’obtention de parrainages, un budget conséquent et une organisation solide. Emmanuel Macron ne dispose d’aucun de ces trois éléments, et rien n’indique qu’il pourrait en disposer dans les mois à venir.

Il n’a pas échappé aux observateurs attentifs que les 2 principaux partis politiques français (PS et UMP) ont, à l’automne dernier, verrouillé l’accès à l’élection présidentielle. Les parrainages sont dorénavant publics ce qui, sauf surprise, devrait rendre ceux-ci plus rares et très partisans (les maires des petites communes ont compris le message). Le maire, conseiller régional ou parlementaire qui apportera son soutien à un candidat hors de son parti est certain de se voir blâmer de bien des manières par la suite : refus d’investiture, sanction budgétaire, etc. Il faudra beaucoup d’élus courageux pour déverrouiller l’élection.

Si Emmanuel Macron a de  nombreux amis millionnaires, il n’est pas pour autant en capacité de financer une campagne présidentielle. Les règles de financement de la politique interdisent en effet de lever des fonds massivement auprès de gens fortunés. Seuls les partis peuvent abonder les millions nécessaires à une telle échéance, car les banques leur prêtent ces fonds. Elles ont en effet leur garantie en tant que personne morale et la sécurité des fonds publics que distribuera l’Etat (remboursement et financement public). L’adhésion à 0€ auprès du mouvement « En marche » n’augure pas d’une volonté de lever des fonds. Peut-être un coup marketing pour le lancement, mais le temps presse. Demeure l’hypothèse d’un financement intuitu personae – une première dans l’élection présidentielle -, mais le passage chez Rotschild n’a pas été aussi lucratif.

Enfin, les milliers de personnes qui ont cliqué sur le site « En Marche » ne constituent évidemment pas une organisation. Les prémices de celle-ci ? Rien n’est moins sûr. Cette organisation doit non seulement viser l’élection présidentielle mais aussi les élections législatives qui suivent, sans quoi participer à la première échéance serait vain. Cela signifie identifier et préparer des candidat(e)s qui seraient de facto les relais d’opinion d’un candidat à la présidentielle. Rien n’est prêt en ce sens et les mois qui accourent à l’horizon raccourcissent le temps.

Un projet ?

Sur le fond, au-delà des petites phrases, il se contente d’annoncer le résultat du travail d’analyse issu de la collecte effectuée par les volontaires marcheurs en porte-à-porte. Moins de régulation sur l’entreprise (temps de travail, rémunération), plus de liberté sur les moeurs (légalisation du cannabis) ne font toutefois pas un projet de société, et c’est ce que l’on est en droit d’attendre d’un leader politique.

Emmanuel Macron sous-estime-t-il ces éléments ou s’en désintéresse-t-il ? Dans les 2 cas, cela fait de lui une illusion politique. Compte-t-il récupérer l’appareil du PS à son profit – ce qui lui fournirait les 3 éléments manquants – ? Ce serait audacieux,  moins bouleversant toutefois que les attentes qu’il génère à ce jour.

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