Peut-on proposer une politique de l’emploi moderne ?

Actualitésle 28 mars 2016Commentaires fermés

Le discours politique sur le sujet ressemble souvent à une discussion de comptoir où on ressasse de vieilles idées. Caricatures sur les « patrons », les « chômeurs », méconnaissance des entreprises, des réalités du chômage, etc., il est étonnant de constater combien nos dirigeants politiques et économiques méconnaissent le sujet de l’emploi. Rappelons tout d’abord quelques données à connaître.

La population active française est composée d’environ 29 millions de personnes, soit le nombre de personnes de 15-64 ans en âge de travailler et disponibles sur le marché du travail. Cette population active est le socle de notre organisation économique et sociale. C’est elle qui génère l’essentiel de la richesse. Notre système de solidarité -retraite, assurance chômage, maladie, etc.- est presque entièrement fondé sur elle. Or, l’état de ce dernier, en déficit et lourdement endetté, nous indique que le nombre de contributeurs est insuffisant. En effet, seuls 64% des 15-64 ans sont à l’emploi, contre 71 à 74% chez nos principaux voisins européens (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-bas, Autriche, Danemark, Suède). Un des objectifs de la politique de l’emploi est donc l’augmentation de la population active.

Cette population active est en majorité en CDI (76%). 12.5% d’entre elle est en CDD ou Interim, et pour le 12.5% restant est « travailleur indépendant ». Les deux dernières catégories augmentent de façon significative ces dernières années. L’entrepreneuriat – qu’il soit par envie ou par défaut – se développe fortement, et le marché du travail produit essentiellement des contrat courts. Les CDI sont portés essentiellement par les grands groupes et l’Etat (fonctionnaires). Or, les premiers ne créent plus d’emplois sur le marché français ; et le second doit se réorganiser et réduire le nombre de personnes qui travaillent pour son compte, car il est en déficit budgétaire permanent.
L’aspiration au CDI est légitime car il est le sésame du crédit, du logement, des projets à moyen terme. Mais elle semble vaine tant il est raisonnable de penser qu’il y aura moins de ces CDI demain qu’aujourd’hui. Aussi, l’incertitude sur l’avenir et la précarité des contrats constituent-elles le quotidien d’une part croissante de la population active. Le second objectif de la politique de l’emploi est donc la sécurisation de la vie professionnelle et la capacité de rebond, de 2e ou 3e chance.

Enfin, si les entreprises sont le lieu de création de richesses, seules les petites et moyennes créent des emplois en France. De nombreux travaux ont mis en avant cette particularité de l’économie française. Pourtant, le cadre juridique, fiscal et administratif, particulièrement riche et complexe n’est en fait adapté qu’aux grandes entreprises. Aussi, les petites et moyennes aspirent-elles légitimement à ce que leur quotidien soit facilité. C’est le 3e objectif de la politique de l’emploi : simplifier la vie des principaux acteurs de la création d’emplois en France.

Faciliter le quotidien des entreprises qui produisent les emplois, sécuriser la vie professionnelle de nos concitoyens et ainsi permettre au plus grand nombre de travailler, tels seraient les piliers d’une politique de l’emploi moderne. Ces objectifs précisés, on peut alors faire preuve d’imagination et proposer des réformes susceptibles de convaincre.

A contrario, le texte dit « loi travail » n’avait rien de moderne. Il visait, au mieux, un seul objectif, celui de réduire les contraintes des employeurs. Au mieux, car le texte manquait cruellement d’imagination en se contentant de répéter quelques slogans du Medef. Prenons à titre d’exemple, l’idée du plafonnement des indemnités prud’hommales. Outre que le Conseil Constitutionnel avait rejetté un article identique de la loi « Macron » en août 2015, la proposition est davantage symbolique qu’efficace. L’insécurité juridique des Prud’hommes – pour les employeurs et les salariés – est en effet liée à la nature même de la juridiction. Avec 70% des décisions réformées en appel, un temps de procédure incompatible avec le marché du travail, il est temps de confier ces contentieux à des juges professionnels.

Inutile de reprendre point par point ce texte dont l’avenir est très incertain. Il ne constitue qu’un exercice de communication politique de plus d’un gouvernement sans ligne politique.

La réforme de la politique de l’emploi nécessite une remise à plat de nombreuses convictions un peu datées. Quelques mesures supposées symboliques, destinées à toucher un électorat ou un autre, ne permettront pas de redonner espoir à l’ensemble de la population.
Acceptons l’idée que le cadre actuel ne convient plus. Il ne permet pas à chacun – employeur, salarié, entrepreneur, chercheur d’emploi – de donner le meilleur de lui même, il ne donne pas les moyens d’être autonome, il ne sécurise pas.
Inventons un nouveau cadre au travail, un nouveau compromis économique et social, moderne, avec les objectifs que nous avons énoncés plus haut.

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