mars 2015, contre-printemps démocratique

Actualitésle 25 mars 2015Commentaires fermés

Mars 2015, le contre-printemps démocratique

Le FN recueille 25% des voix, obtient des élus dans un suffrage majoritaire à deux tours et dirigera peut-être un ou deux départements. Ces éléments factuels signifient que ce parti s’installe comme un recours électoral. Pour autant, ce n’est pas (seulement) pour cette raison que mars 2015 constitue un tournant dans l’histoire de la démocratie française.

Malgré des institutions et des modes de scrutins organisés pour une bipolarisation de la politique, le corps électoral avait toujours résisté ; permettant aux écologistes (Verts) ou aux centristes (Modem) de faire passer quelques messages politiques forts (poids de la dette, environnement, etc.), à défaut de pouvoir gouverner. Ce temps est révolu.

Le centre a disparu. La chrysalide stérile que constitue l’UDI permet seulement d’afficher une autonomie artificielle sous respirateur UMP. Quant aux Verts, ils paieront cher leurs atermoiements et leur incapacité à « faire autrement » quand le pouvoir leur est proposé. Derrière la défaite d’hier, il fallait voir la mine satisfaite et gourmande de certains responsables du PS qui savent déjà qu’il sera impossible aux Verts d’aller seuls ou avec le Front de gauche aux prochaines élections régionales.

Le rêve du bipartisme, si cher aux dirigeants des deux formations gouvernementales – et à nombre de commentateurs paresseux de la vie politique – n’a jamais été si proche ; et au même moment, tel un mirage, il s’efface déjà derrière le voile d’un tripartisme sans perspectives.

L’électeur n’a en effet plus de choix. Son absence récurrente lors des scrutins est le reflet de cet éteignoir démocratique dans lequel il est enfermé. Le miraculeux dépassement des 50% de participation n’est pas tant une surprise (au regard des sondages préalables) qu’une confirmation d’une réalité installée depuis près de 10 ans : 1 électeur sur 2 ne se déplace plus, et ce de façon systématique. Comment, sans légitimité démocratique plus importante, imaginer que les élus fassent davantage que de la représentation et de la gestion quotidienne des faits divers que l’actualité leur soumet ?

Ainsi, trois formations politiques exsangues de militants et d’idées verrouillent la vie démocratique et politique. C’est là l’enseignement principal de cette séquence électorale. Nous ne l’avons pas encore bien vu, encore paralysés par les habitudes du monde d’avant, et la mécanique d’alternance bipolaire. Les élections régionales confirmeront qu’il ne s’agit pas d’une séquence, mais d’une nouvelle organisation de la vie démocratique. Malheureusement, celle-ci est mortifère pour la société française.

Quelques nouvelles formations politiques essaient d’émerger. Espérons qu’elles et d’autres à venir sauront faire preuve de l’imagination, de la patience et du courage nécessaires pour redonner du souffle à la démocratie française, à ce jour en grand danger.

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