Lyon a-t-elle vraiment besoin d’une « cité de la gastronomie » ?

Actualitésle 7 octobre 2012Sans commentaires
Le repas gastronomique français est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Cela flatte notre tradition agricole, notre passion pour les vins et la cuisine, la diversité de notre terroir et finalement de notre pays lui-même ; diversité dans laquelle nous puisions l’imagination et la créativité reconnues par ce classement. Cela confirme, si besoin était, la place de la nourriture dans notre identité culturelle.

Cet événement aurait pu suffire à lui même, et les français en auraient été très fiers. Mais Il a été décidé que cela devait donner naissance à une « cité de la gastronomie « .

Quelques villes ont candidaté pour accueillir ce concept, dont il faut définir le contenu et financer la réalisation. Lyon est parmi celles-ci. L’équipe municipale semble pourtant avoir hésité, peiné pour mettre du contenu (financier notamment) dans la candidature. Les mauvaises langues affirmaient que le Maire ne voulait pas contrarier un grand ami, organisateur d’un salon international de la gastronomie. L’adjointe en charge du dossier travaillant elle-même chez ce grand ami, la candidature ne pouvait pas mieux être enterrée.

Les professionnels de la gastronomie ont voulu pousser, à juste titre,  la candidature de notre ville. Par la pétition, ils ont souhaité faire vibrer la corde identitaire lyonnaise. L’UMP a voulu faire de ce dossier un révélateur du mandat en cours et s’est scandalisée de voir, peut-être, cet appel à projets perdu par Lyon. Certains de ces membres n’hésitaient pas à dire qu’ils travaillaient depuis 18 mois sur ce projet, … bien que n’ayant aucune solution concrète à proposer.

Finalement le Maire de Lyon annonce à quelques jours de l’échéance un partenariat public-privé pour financer le projet. Une « cité de la gastronomie » pourrait prendre place dans l’Hotel-Dieu, pour 18 millions €. On pourrait presque se demander s’il n’a pas laissé  M Havard et ses amis s’enflammer, afin de mieux mettre en lumière leurs carences…

Nous saurons dans quelques jours si Lyon emporte l’appel d’offre, et nombreux seront les commentaires sur le (joli) coup politique du Maire. Mais s’est-on demandé s’il était vraiment pertinent pour Lyon d’héberger cette « cité de la gastronomie » ?

Elle renforce le choix de développement économique fait par la majorité municipale, autour du seul vecteur des loisirs et de la consommation. Elle constitue un nouvel argument au tourisme urbain, à l’attraction que doit constituer notre ville pour les cadres allemands, italiens, néerlandais, etc.

Et à ce titre, accueillir la « cité de la gastronomie » est contestable. Ce choix de développement trop homogène, insuffisamment diversifié, met notre avenir en péril. La capacité du territoire à consommer a déjà atteint ses limites, comme le montrent les difficultés des pôles de consommation/loisirs que sont Carré de Soie et Confluence. Et je ne crois pas que ce soit seulement conjoncturel.

A court terme, ce projet offrirait une opportunité pour « remplir » l’Hotel-Dieu, dont on voit que le concept initial patine (Hôtels de luxe, galerie marchande, etc.). Par voie de conséquence, il empêcherait aussi une remise en question des choix faits sur ce lieu emblématique de notre ville.

Lyon est capitale de la gastronomie. Lyon est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Recevoir la « cité de la gastronomie » n’est pas nécessaire au développement de notre ville. A l’inverse, alors que nous avons besoin de nous projeter dans le XXIè siècle et ses enjeux urbains (déplacements, énergie, habitat, etc.), elle contribue à la nostalgie d’un passé prospère, plein de certitudes, dans laquelle baignent bien des responsables politiques.

Je souhaite davantage une cité de l’innovation industrielle, une cité du numérique, une cité de l’environnement où les pouvoirs publics faciliteraient la rencontre entre entrepreneurs, créateurs, universitaires. Nous avons besoin de faire naître de nouvelles solutions, d’étoffer notre tissu économique et de répondre aux attentes des lyonnais. C’est ce qui doit guider notre projet pour Lyon.

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