Je préfère la loi à la morale

Actualitésle 18 novembre 2012Sans commentaires

La crise économique et sociale relativise, affaiblit, la portée du débat sur le droit au mariage et/ou à la l’adoption pour les couples homosexuels. Pourtant, le sujet mobilise et il y a longtemps que nous n’avions pas vu les arguments se faire face et s’exposer dans la rue, ce qui marque l’importance du sujet.

En observant les manifestations de pro ou anti, je constate cependant que nous attendons souvent de la loi qu’elle joue un rôle qui n’est pas le sien.

Les uns considèrent qu’un enfant ne devrait grandir qu’avec un parent homme et un parent femme, dans l’altérité. Cette conviction est respectable, et reflète un idéal de société, ou chacun serait membre d’une famille unie et aimante, de sa conception à sa fin. La loi doit-elle être le reflet ou l’outil de cet idéal recherché ? Je ne le crois pas. Cette conception de la loi pourrait en effet nous confronter à bien des contradictions face aux réalités sociales, notamment celle des familles monoparentales. Ces mêmes réalités, aussi modestes et minoritaires soient-elles, nous font constater que des couples homosexuels élèvent de fait des enfants. Sans que leurs droits et devoirs vis-à-vis de ces enfants soient établis. La loi doit-elle organisée au mieux les rapports sociaux, pour favoriser le vivre ensemble, les droits individuels et les devoirs de chacun vis-à-vis des autres et de la collectivité ? Je le crois. C’est à ce titre que la loi doit organiser l’homoparentalité, pour définir les droits et responsabilités nécessaires à la protection de l’enfant.

Les autres considèrent qu’ils ont un droit au mariage, au nom de l’égalité et des droits de l’homme. Cette conviction est respectable, et reflète un idéal égalitaire où rien ne saurait justifier de refuser à un individu un droit dès lors qu’il existe pour un autre. La loi doit-elle être le reflet ou l’outil de cet idéal ? Je ne le crois pas. Dans la plupart des sociétés, le mariage a un caractère juridique et rituel (religieux et profane). La notre n’échappe pas à cette dualité, et ceux pour qui le mariage est important sont notamment attachés au rituel religieux. Leur croyance est respectable. Pour favoriser le vivre ensemble, la loi ne saurait bafouer cette croyance. Dans le même temps, il convient de reconnaître la volonté des couples homosexuels de s’engager l’un vers l’autre, de faire naître entre eux des droits et devoirs équivalents à ce que les couples hétérosexuels décident de faire. C’est à ce double titre que la loi doit établir une solidarité (union civile) aussi large que possible aux couples qui le souhaitent, tout en respectant ceux pour qui le mariage est plus qu’une union juridique.

La loi est l’exercice suprême et délicat de la démocratie. Elle ne saurait être l’expression d’une morale ou d’un idéal, aussi respectable que soit celui-ci, car mécaniquement elle en bafoue d’autres. La morale ou l’idéal est ce qui conduit l’engagement individuel, la vie quotidienne de chacun. Cela se partage, mais cela ne s’impose pas. La loi nous permet de vivre ensemble, de coexister, de partager. Le débat politique entretien souvent la confusion entre l’un et l’autre ; j’ai depuis longtemps choisi de préférer la loi à la morale.

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