François Hollande, ou une vision conservatrice de la société française

Actualitésle 10 septembre 2012Sans commentaires

L’intervention du Président de la République hier soir a confirmé le projet esquissé lors de la campagne présidentielle. Il faut tenir, replâtrer le modèle économique et social français à tout pris, symboliser la justice sociale, et tenir encore… jusqu’au retour de la croissance.

De réforme de l’Etat, du modèle économique, du système de protection sociale, de la fiscalité, il n’est pas question. Rien ne doit changer.

Le gel des dépenses publiques en valeur absolue éclaire cet incroyable conservatisme. Croît-on vraiment aujourd’hui qu’elles ont toutes la même efficacité ? Qu’elles ne sont pas hiérarchisables ? Qu’il n’existe pas de priorités qui permettent des choix ? A ne pas choisir le Président de la République pense pouvoir durer et attendre. A ne pas choisir, il nous enfonce un peu plus, collectivement, dans la difficulté.

La double hausse d’impôt confirme cet attentisme conservateur. La création de nouveaux impôts pour les ménages les plus aisés offre un voile pudique, de « justice sociale », à un système fiscal devenu l’un des plus inefficace parmi les pays industriels. Trop complexe, coûteux, il doit être réformé. Mais cette idée d’une mise à plat, présente en filigrane de la campagne présidentielle, n’est plus évoquée. A l’inverse, en figeant les barèmes de l’impôt sur le revenu, le gouvernement socialiste étouffe encore un peu plus les classes moyennes. Mais peu importe, il faut tenir.

Enfin, la hausse d’impôt pour les grands groupes reflète malheureusement le décalage entre la pensée économique du PS et la réalité économique du XXI° siècle. La faible contribution fiscale de ces entreprises est à la hauteur de leur faible contribution à l’économie nationale depuis trente ans, notamment en termes d’emplois. Les grands groupes baignent dans la mondialisation, les dispositifs d’optimisation et d’évasion fiscale. Parions qu’ils sauront s’adapter à de nouvelles normes nationales et que les recettes fiscales augmenteront marginalement pour l’Etat.

Ce conservatisme, fut-il de gauche, nous fait passer à côté des enjeux contemporains. La mutation de notre modèle économique autour des entreprises petites et moyennes n’est pas imaginée, alors que ce sont les principaux acteurs de la création d’emplois depuis vingt ans. Le rééquilibrage du modèle de protection sociale n’est pas pensé, alors que celui-ci profite de moins en moins à la génération née après 1970. L’Europe n’est pas évoquée, alors que sa refondation est nécessaire parce que nos concitoyens la comprennent de moins en moins.

Ne pas chercher de solutions nouvelles est inquiétant pour notre avenir. La courbe du chômage ne saurait s’inverser seule l’année prochaine, sans changements profonds. Or, les commentaires sarcastiques de l’UMP ne masquent pas son absence de propositions alternatives.

Il est urgent que des voix modérés et modernes s’élèvent car des choix sont possibles, des réformes sont faisables et un avenir meilleur est à espérer, à condition que ce gouvernement accepte d’entrer dans le XXI° siècle.

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