Fin du Baccalauréat, fin d’une hypocrisie

Actualitésle 18 février 2018Commentaires fermés

En annonçant, la transformation du Baccalauréat en une épreuve continue (pour 40%) agrémentée de 5 examens (dont un grand oral sur une ou deux matières choisies pour 10% de la note), le Ministre Blanquer met fin à 30 ans d’ambiguïtés et d’hypocrisie. Ambiguïtés sur le rôle du Baccalauréat, hypocrisie sur la symbolique républicaine de ce diplôme.

La logique d’examen/concours qui animait le Baccalauréat faisait écho aux idéaux républicains de l’égalité et du mérite. Les programmes étant les mêmes pour tous, l’obtention du bac sanctionnait la fin des études secondaires en validant ou non un niveau de connaissances. Ledit niveau donnait alors l’accès à divers structures d’enseignement supérieur.

Beaucoup a été écrit sur la reproduction sociologique que sanctionnait aussi ce diplôme. Les enfants de cadres, d’enseignants parvenait mieux que les autres à ce niveau. En conséquence, le nombreuses réformes opérées depuis 30 ans visèrent toutes à « démocratiser » l’Ecole ; en clair, à permettre à davantage d’enfants d’acquérir le niveau de connaissances attendu à la fin du Lycée.

La réalité cachée des « 80% au bac »

Cet objectif, énoncé dans les années 80, était louable. Nul ne peut contester aujourd’hui que nos gouvernements ont plutôt réduit le niveau attendu qu’élargit la capacité des enfants à l’atteindre. Les tests PISA et autres sont des révélateurs. La multiplication des bacs dits « professionnels » ou « technologiques » (+ de 80) est un symptôme. En effet, le chiffre de 80% d’une classe d’âge titulaire du bac (dont nous sommes proches) cache une réalité : seule 37% d’une classe d’âge obtient le bac généraliste, celui qui permet un accès serein à l’enseignement supérieur.

Le taux d’échec à l’université (58% d’une classe d’âge n’obtiendra pas de diplôme universitaire) sanctionne alors lourdement l’illusion créée par la détention d’un Bac finalement non significatif du niveau de connaissances.

Fin de l’hypocrisie

Les renoncements sur la valeur du bac étaient le fruit d’un constat implacable : tous les lycées ne prodiguent pas le même niveau d’enseignement. Malgré l’unicité des programmes, la diversité des environnements, de l’appétit des enfants, de la qualité des enseignants constituent autant de variables empêchant l’égalité des chances. Le mythe républicain était sérieusement écorné par le réel. Les discours et le Bac constituaient un voile qui masquait cette réalité. Il est maintenant levé.

Avec 50% de la note lié au contrôle continu, ces variables seront au coeur des parcours des lycéens. La course au lycée exigeant, qui ne note pas trop large, déjà à l’oeuvre au sein de la classe moyenne, s’accentuera. Inscrire ses enfants dans l’école primaire qui donnera accès au bon collège, puis au lycée réputé, sera la stratégie des familles dès lors que la dernière illusion d’un diplôme à la valeur partagée est levée.

En conséquence, le lieu de résidence, le niveau culturel des parents et leurs ressources financières deviennent les critères les plus déterminants pour l’instruction des enfants. Avec cette réforme disparaît le dernier gardien du mythe de l’école républicaine. A jamais ?

Sortir d’une conception étriquée de l’égalité

Dans les années 60, plusieurs sociologues dont Bourdieu, insistaient sur l’importance de l’héritage culturel dans la réussite scolaire. Plus de 50 ans après, enfermés dans une conception étriquée de « l’égalité », les responsables politiques renoncent à l’idéal de l’école républicaine : un égal lieu d’accès à la connaissance et aux savoirs quelques soient les particularités des enfants.

Pourtant, la promesse de CP scindés en deux laissait à penser que le logiciel de la majorité de 2017 pouvait être différent. Le Ministre annonce 160000 enfants touchés par cette réforme, soit 20% d’une classe d’âge. L’intuition est bonne. Là où l’environnement culturel est favorable les classes de 30 ne sont pas un problème. Ailleurs, l’égalité des chances requiert de réduire le nombre d’élèves pour maintenir l’exigence du niveau.

Cette logique doit-elle s’interrompre après le CP ou le CE1 ? En l’état de notre système d’instruction (tests Pirls), il serait sage d’insister. Et de lancer bien d’autres transformations : des collèges et lycées ouverts toute l’année pour offrir aux enfants qui le souhaitent un cadre permanent pour apprendre, des enseignants mieux formés et mieux payés, de l’autonomie pour les principaux et proviseurs pour expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, etc.

L’idéal républicain d’une école exigeante et bienveillante pour tous nécessite une révolution de notre organisation scolaire. Mais les CP à 12 élèves ou la fin du Bac, laquelle de ces deux réformes éclairent l’esprit de nos dirigeants actuels ?

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