Conservateurs/Progressistes, nouveau clivage ?

Actualitésle 20 mai 2016Sans commentaires

La saillie de notre jeune énarque-banquier d’affaires, E Macron pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu, a provoqué un rapide bouillonnement médiatique autour du vieux et traditionnel clivage droite/gauche. Elle révéle la tentation de bien des candidats à la présidentielle de s’inscrire dans son propre clivage.

Je ne saurai lui reprocher de vouloir ranger parmi les souvenirs le « gauche/droite ». Je me suis engagé en politique avec cette même conviction ; ai adhéré et défendu l’indépendance du Modem pour cette raison ; puis proposé des alternatives électorales à Lyon et avec 100%Citoyen dans la continuité.

Nous sommes d’ailleurs peut-être minoritaires à en être convaincus. Beaucoup de nos concitoyens se définissent encore à travers cette séparation. Je lui trouve deux défauts majeurs. Son contenu (de part et d’autre) s’est évidemment étiolé et repose pour l’essentiel sur des représentations anciennes du monde. Surtout, sa bipolarité n’est pas suffisante pour comprendre l’époque actuelle et proposer des approches/idées nouvelles. Gauche et droite représentent alors 2 formes de conservatisme.En cohérence d’ailleurs avec l’orientation prise par la politique française aux lendemains de la seconde guerre mondiale, entre un étatisme de droite – symbolisé par De Gaulle et ceux qui s’en revendiquent depuis -, et un étatisme de gauche – symbolisé par la longue et forte influence des communistes à gauche.  La conviction partagée par la majorité de notre personnel politique quant au fait que nous avons le meilleur « modèle économique et social » vient chapeauter l’ensemble.

Face à ces conservatismes, il est médiatiquement plus porteur de se présenter comme appartenant aux « progressistes », aux « hors-système », voire aux « patriotes » vs mondialistes, quand la défiance à l’égard des partis traditionnels est acquise. Cela porte-t-il pour autant des projets différents, des politiques différentes ? Rien n’est moins sûr. Je crois que la majorité de la société française est aujourd’hui conservatrice, essentiellement par nostalgie et par crainte de perdre le confort matériel acquis. 13.5 millions de retraités, vivant en moyenne, mieux que les actifs, près de 6 millions de fonctionnaires dont l’emploi est garanti, auxquels s’ajoutent 2.5 millions de salariés de grands groupes, constituent ce corps social qui considère ne pas avoir intérêt à transformer en profondeur les grands équilibres de la société française. Dès lors, qui seraient les progressistes ? Emmanuel Macron a propose une version consistant à bousculer quelques vieilles habitudes ou totem de la gauche (ISF par exemple) et rassembler « tous ceux qui veulent que ca bouge ». Le fil rouge est dynamique, mais il se réduit le plus souvent à la seule volonté d’adaptation permanente et sans fin au monde. Cela ne constitue pas un projet de société.

Un nouveau pacte économique et social

Il paraît nécessaire de penser une transformation de la société française car les principes du vieux pacte républicains, élaboré en 1945, ne donnent plus d’espoir. Et il est raisonnable de penser que nous pourrons faire mieux, avec intelligence et bienveillance. Un nouveau rôle pour l’Etat, moins bureaucratique et plus efficace là où la régulation est nécessaire, une nouvelle organisation du système éducatif, une ambition environnementale (autosuffisance énergétique et libération du pétrole), un nouveau deal économique et social entre capital et travail, etc. C’est presque une page blanche qu’il nous faut écrire ; et proposer alors un projet politique différent de celui porté par la grande majorité du personnel politique actuel.

La transformation de la société française, par la voie de l’intelligence et de la bienveillance, de l’expérimentation et des savoirs, est un horizon politique qui peut nous différencier, mais aussi rassembler ceux qui seraient tentés par le conservatisme ou le « bougisme ». La société française n’est pas binaire, les options qui s’offrent à nous ne le sont pas non plus. Ne le laissons pas penser par tradition ou confort.

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