Archive for mars, 2018

Emploi : fausses promesses et méconnaissance du marché

Actualitésle 23 mars 2018Commentaires fermés

Quelques jours après avoir officiellement oublié les (illusoires) promesses de campagne d’E Macron sur une protection universelle contre le chômage, le gouvernement revient sur le terrain de l’emploi pour… sanctionner les chômeurs.

L’un était supposé compenser l’autre dans le message politique. En l’absence de l’un, quel est la pertinence de l’autre ? De notre point de vu, il n’y en a guère, sauf à entretenir une méconnaissance de ce qu’est le marché du travail.

Parmi les 6.28 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, moins de 50% perçoit une indemnité. L’indemnité médiane est de 1050€. Quel est alors l’objectif du contrôle souhaité par le gouvernement ? S’il s’agit de réduire la fraude à l’indemnité, l’étude de Pôle Emploi publiée en début d’année 2018 démontre qu’elle est très modeste (0.5%).

S’il s’agit de pousser les personnes à accepter une offre « décente » quand elle leur ai proposée, l’idée mérite réflexion. Un chômeur peut-il refuser un emploi qui lui rapporterait moins que son indemnité ? Nous sommes dans un système assurantiel – cotisation contre un risque, survenance du risque, indemnisation – qui tendrait à répondre oui à cette question.

Toutefois, l’importance de la valeur travail dans notre société pousse à aller au-delà de la mécanique du système. Considérant le niveau moyen de l’indemnité mensuelle (1190€ en 2017), cette hypothèse est-elle une réalité statistique répandue ? Le gouvernement dispose-t-il d’une étude secrète sur le sujet qui l’inquiéterait ? En l’état, aucune donnée n’alimente le postulat selon lequel des chômeurs refuseraient massivement des offres « décentes ».

En appuyant sur ce sujet, le gouvernement entretient une lecture datée du marché du travail (les trente glorieuses, le plein emploi, etc.) et méconnaît gravement sa réalité contemporaine. Outre que la notion « d’offres non pourvues » reste désespérément floue qualitativement et quantitativement (300 000 ? 400 000?), la simple juxtaposition de ces deux chiffres 6.28 millions de demandeurs / 400 000 offres renseigne sur l’état du marché de l’emploi.

La faiblesse de l’économie française (et de notre marché de l’emploi) tient à la faiblesse de l’offre. Parce que certains économistes considèrent aujourd’hui que notre appareil de production est au maximum de sa capacité à créer des emplois, l’idée qu’il faut travailler de ce côté a progressivement fait son chemin. D’où l’emballement depuis quelques années pour les entrepreneurs, les start-up et autres auto-entrepreneurs, etc. Toutefois, le succès n’est pas évident.

Alors, on revient vers la demande et on agite de nouveau la « flexibilité » du marché de l’emploi. Celui-ci serait plus flexible si les chômeurs étaient davantage incités à prendre les offres qui se présentent. C’est un postulat peu démontré. Tout d’abord le marché de l’emploi français est déjà très flexible, au sens souple, avec une main d’oeuvre disponible et peu contraignante relativement importante. 12 à 15% de la population active dispose en effet d’un contrat court ou d’un contrat intérimaire, et les indépendants ne sont pas intégrés dans ce calcul. Ensuite, c’est l’Etat qui crée des rigidités en ne facilitant pas les passages emploi/inactivité. Que cela soit dans le cadre de Pôle Emploi ou des mesures de solidarité (RSA, ASS, etc.), les règles administratives sont trop complexes pour cumuler dans le temps revenus du travail et allocations dans contexte d’une économique à flux tendu. Trop bureaucratique, l’Etat n’est pas bienveillant à l’égard des chercheurs d’emploi.

Reproche-t-on à un client ou à un consommateur de ne pas comprendre le produit s’il ne l’achète pas ? Non, on modifie le produit ou on explique davantage son utilisation. A ne jamais remettre en question son rôle sur le marché de l’emploi, l’Etat contribue à ses dysfonctionnements. Et rejette la responsabilité sur les chômeurs.

C’est malheureusement ce à quoi contribue le gouvernement actuel, faute de comprendre la situation contemporaine. Ce faisant, il alimente l’idée simpliste et manichéenne que trouver un travail nécessite seulement de faire des efforts.

Formation professionnelle : l’Etat, un peu de marché… et une occasion manquée

Actualitésle 16 mars 2018Commentaires fermés

L’effet d’annonce sur le “big bang” de la formation professionnelle ouvre-t-il un espoir pour tous ceux qui n’ont pas ou plus d’emploi ? L’appétit de nos dirigeants à épuiser le vocabulaire du changement (révolution, transformation, big bang…) est sans égal. Alors même que le changement initié est souvent fort modeste.

Revenons toutefois à la réforme à proprement parler. Symboliquement, en octroyant la collecte des cotisations à l’Urssaf, l’Etat signifie aux OPCA leur inefficacité et certainement leur disparition. Il passe aussi le message aux branches qu’elles ne sont plus incontournables pour définir les besoins de formation.

L’Etat reprend donc la main. L’agence quadripartite “France Compétences” validera les formations et évaluera les prix. Une nouvelle instance hors-sol et bureaucratique ? Les craintes sont légitimes.

En parallèle, et de façon surprenante, la réforme semble vouloir s’appuyer sur la logique de marché. Nous, salariés, demandeurs d’emploi, devenons libres de choisir notre formation continue ou professionnelle. En créditant en euros le CPF jusque là peu utilisé, on nous offre une liberté inédite de gérer notre carrière professionnelle. Une liberté toutefois théorique si on ne devait s’appuyer que sur ledit CPF. En 10 ans, le capital serait de 5000€. Or, le moindre CQP dans l’industrie coûte 6500€, le titre d’aide-soignante 5000€, 3000€ pour être ambulancier, ou 1000 à 1200€ pour un simple Caces. Je ne parle évidemment pas ici d’un diplôme universitaire inaccessible avec ces budgets. Quel nouveau métier peut-on apprendre avec un si petit budget, telle est au final la question centrale ?

Dès lors, quel sont donc les objectifs de ces changements ? Ici se situe l’occasion manquée. L’enjeu est évoqué : la compétitivité de la France, par une main d’oeuvre formée, adaptable aux contraintes de la mondialisation. Mais l’instrument est court et bancal et on compte sur la com — “le monde change, changeons de paradigme” — pour masquer sa faiblesse.

Rien dans cette réforme ni dans l’accord entre les partenaires sociaux (ANI — Accord National Interprofessionnel) ne concerne la formation de 6 millions de chômeurs peu ou pas qualifiés ; à l’exception d’une référence à un PIC (Plan d’Investissement dans les compétences annoncé en septembre 2017 et oublié depuis). Or, l’élévation du niveau de compétence moyen de la main d’oeuvre française est évidemment au coeur de son organisation économique.

L’actuel système permet à moins de 10% des chômeurs d’accéder à une formation, et seuls les cadres disposaient d’une capacité réelle à se former (sans d’ailleurs vraiment l’utiliser). Rien n’indique que demain il puisse en être autrement.

Il eut été nécessaire de faire table rase et de repenser la formation continue avec les contraintes contemporaines. Nos dirigeants ont simplement changé le décor.

Pas de réforme du chômage : un symbole du « macronisme » ?

Actualitésle 2 mars 2018Commentaires fermés

Pendant la campagne présidentielle, E Macron promettait l’étatisation de l’Unédic, la protection universelle des chômeurs, une nouvelle protection pour les indépendants, de la liberté pour démissionner et un contrôle renforcé des chômeurs. Le gouvernement annonce ce jour qu’il renonce à tout cela au profit du statu quo.

Seuls les fans zélés du macronisme peuvent se satisfaire d’une capacité courageuse à reculer quand la proposition n’est pas viable. Les autres observateurs et acteurs politiques pointeront, légitimement, la légèreté, l’incompétence voire la démagogie avec laquelle ces promesses ont été faites. Plus grave peut-être, il me semble qu’il s’agit surtout d’une incompréhension de ce qu’est le marché de l’emploi aujourd’hui.

Rien de change alors que bien des réformes sont nécessaires :

- Pôle emploi est inefficace  – son intervention ne contribue qu’entre 9 et 11% des retours à l’emploi -, une réforme ambitieuse aurait remis à plat la mission « d’accompagnement à l’emploi ».

- les cotisations couvrent les frais de fonctionnement de Pôle Emploi (3Mds€) mais laissent sans ressource plus de 50% des inscrits. La politique de l’emploi étant de la compétence de l’Etat, il lui appartient de l’organiser et d’en assumer les coûts.

- les règles de l’assurance chômage ne sont pas adaptées à la réalité contemporaine de l’économie – flux tendu, contrats courts, temps partiels – et le cumul salaire-allocation est très complexe. Il est par ailleurs impossible pour les bénéficiaires du RSA ou de l’ASS. L’Etat contraint alors les demandeurs d’emploi à la pauvreté.

- l’immense majorité des chômeurs est peu ou pas qualifiée. En l’attente d’une « réforme de la formation professionnelle » – avec le même résultat que sur le chômage ?-, la seconde chance d’apprendre un métier, d’élever son niveau de qualification n’existe pas ; ce qui affaiblit lourdement l’économie française.

Ce maintient du statu quo éclaire éclaire l’incapacité à adapter, moderniser ou redéfinir le « modèle économique et social français ». Il fragilise pour le moins les promesses de « transformation »portées par E Macron. Comme un symbole de ce que porte le mouvement politique qu’il représente ?