Archive for septembre, 2016

Tefal/Pfeiffer, la Ministre du travail couvre-t-elle une affaire de corruption ?

Non classéle 15 septembre 2016Sans commentaires

L’histoire relatée ci-après doit interroger sur notre personnel politique actuel, son rôle, sa capacité réelle à agir, et sa légitimité. Car nul doute que le schéma décrit n’est pas unique.

Une inspectrice du travail met en doute la probité de son supérieur hiérarchique ; deux ans après, le contentieux se conclut par un procès pénal à l’encontre de ladite inspectrice et une mutation dudit supérieur.

Sur le rappel des faits, je vous renvoie aux nombreux articles de presse (ici ou ici). Le directeur du travail concerné, Philippe Dumont a été muté, ce qui ressemble étrangement à une sanction. La Ministre a soutenu verbalement l’inspectrice du travail condamnée, lui assurant qu’il n’y aurait pas de suite juridique à cette condamnation, comprenant par là que l’Etat ne lui en tiendrait pas rigueur professionnellement. On imagine Mme Pfeiffer soulagée, mais on l’incite volontiers à la prudence. La parole ministérielle, par nature éphémère, est faible face à l’appareil d’Etat.

Comment qualifier cette « mutation » du directeur de service ? Si les soupçons de collusion avec les dirigeants de Tefal sont avérés, si par voie de conséquence, son « management » de l’inspectrice du travail est entaché, les faits requièrent une sanction disciplinaire ou pénale, les éléments constitutifs de la corruption semblant pouvoir être établis.

L’article 432-11 du Code Pénal nous renseigne sur ces éléments. La corruption passive consiste à « solliciter pour elle-même ou pour autrui ou à agréer sans droit, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques ». Il y a donc corruption passive, que le corrompu accepte ce qu’on lui offre ou qu’il prenne l’initiative de solliciter dons ou promesses.

Si l’administration soustrait l’un de ses membres à une enquêtes internes/externe sérieuse, que vaut le « soutien » de la Ministre ? Quel est surtout son rôle dans un Etat de droit ?

On sait que l’époque n’est guère à la Justice où la sanction des fautes/erreurs commises dans le cadre de la fonction publique. Des errements d’Harlem Désir, incompétent, sans cesse promu, aux détournements de M Saal, sans conséquence professionnelle sérieuse, une même logique d’entre soi est à l’oeuvre, bien éloignée de la « méritocratie républicaine ». Autant d’exemple qui amplifie la défiance quotidienne de nos concitoyens à l’égard des Institutions et du personnel politique.

Pourquoi Macron n’est (encore) qu’une illusion

Actualitésle 5 septembre 2016Commentaires fermés

Les gens en parlent, au moins ceux qui suivent la vie politique. La personnalité d’Emmanuel Macron, ses sourires placides, ses petites phrases, sa démission attirent l’attention des médias parisiens. Des gens semblent prêts à s’engager pour lui : le nonagénaire millionnaire, ex-financier de la deuxième gauche de Rocard lui a ouvert sa bourse, les animateurs de « En Marche » lui donnent du temps, de nombreuses personnes semblent avoir adhéré (0€) à son mouvement.

Sa démission du gouvernement a accentué l’excitation médiatique. On commence à décortiquer le bonhomme (ses revenus, ses réseaux, etc.) ; elle a aussi poussé le monde politique à émettre des signaux. Certains pour rappeler que la politique économique de François Hollande, c’est lui…, d’autres l’habillent pour l’hiver comme représentant des élites hors-sol, d’autres enfin pour lui montrer de l’affection (des petits mouvements comme Nous, Citoyens, La Transition, des parlementaires socialistes, des responsables UDI, etc.). Cette attention se cristallise sur son hypothétique participation réelle à la vie politique française, à savoir comme candidat à la présidentielle – ce que même les sondages nous disent ! – ou comme fondateur d’un nouveau parti.

Parrainages, budget et organisation pour la présidentielle ?

Or, cette attention est, à ce jour, inversement proportionnelle, à sa capacité à participer à l’élection présidentielle. Emmanuel Macon demeure une illusion médiatique et politique, et ce pour quelques raisons qui tiennent à l’organisation de la vie politique française et aux (dys)fonctionnements de notre démocratie.

L’élection présidentielle nécessite l’obtention de parrainages, un budget conséquent et une organisation solide. Emmanuel Macron ne dispose d’aucun de ces trois éléments, et rien n’indique qu’il pourrait en disposer dans les mois à venir.

Il n’a pas échappé aux observateurs attentifs que les 2 principaux partis politiques français (PS et UMP) ont, à l’automne dernier, verrouillé l’accès à l’élection présidentielle. Les parrainages sont dorénavant publics ce qui, sauf surprise, devrait rendre ceux-ci plus rares et très partisans (les maires des petites communes ont compris le message). Le maire, conseiller régional ou parlementaire qui apportera son soutien à un candidat hors de son parti est certain de se voir blâmer de bien des manières par la suite : refus d’investiture, sanction budgétaire, etc. Il faudra beaucoup d’élus courageux pour déverrouiller l’élection.

Si Emmanuel Macron a de  nombreux amis millionnaires, il n’est pas pour autant en capacité de financer une campagne présidentielle. Les règles de financement de la politique interdisent en effet de lever des fonds massivement auprès de gens fortunés. Seuls les partis peuvent abonder les millions nécessaires à une telle échéance, car les banques leur prêtent ces fonds. Elles ont en effet leur garantie en tant que personne morale et la sécurité des fonds publics que distribuera l’Etat (remboursement et financement public). L’adhésion à 0€ auprès du mouvement « En marche » n’augure pas d’une volonté de lever des fonds. Peut-être un coup marketing pour le lancement, mais le temps presse. Demeure l’hypothèse d’un financement intuitu personae – une première dans l’élection présidentielle -, mais le passage chez Rotschild n’a pas été aussi lucratif.

Enfin, les milliers de personnes qui ont cliqué sur le site « En Marche » ne constituent évidemment pas une organisation. Les prémices de celle-ci ? Rien n’est moins sûr. Cette organisation doit non seulement viser l’élection présidentielle mais aussi les élections législatives qui suivent, sans quoi participer à la première échéance serait vain. Cela signifie identifier et préparer des candidat(e)s qui seraient de facto les relais d’opinion d’un candidat à la présidentielle. Rien n’est prêt en ce sens et les mois qui accourent à l’horizon raccourcissent le temps.

Un projet ?

Sur le fond, au-delà des petites phrases, il se contente d’annoncer le résultat du travail d’analyse issu de la collecte effectuée par les volontaires marcheurs en porte-à-porte. Moins de régulation sur l’entreprise (temps de travail, rémunération), plus de liberté sur les moeurs (légalisation du cannabis) ne font toutefois pas un projet de société, et c’est ce que l’on est en droit d’attendre d’un leader politique.

Emmanuel Macron sous-estime-t-il ces éléments ou s’en désintéresse-t-il ? Dans les 2 cas, cela fait de lui une illusion politique. Compte-t-il récupérer l’appareil du PS à son profit – ce qui lui fournirait les 3 éléments manquants – ? Ce serait audacieux,  moins bouleversant toutefois que les attentes qu’il génère à ce jour.

8 mois pour choisir des représentants en confiance

Actualités, Non classéle 5 septembre 2016Sans commentaires

Choisir en confiance est un idéal pour un citoyen en démocratie.

En France, en 2016, la défiance prédomine, non seulement dans le champ démocratique, mais plus largement dans les nombreuses relations quotidiennes qui nous permettent d’ordinaire de faire société. Dans la relation employeur/employé, dans le rapport entre usager et administration, dans la relation parents/enseignants, l’inquiétude est latente, si ce n’est palpable. On pourrait penser qu’elle est typiquement française, associée à notre capacité à râler, mais ce serait balayer trop vite plusieurs décennies de chômage de masse, dix ans d’une économie morose et 2.5 millions de jeunes sortis de l’école depuis 15 ans sans aucun diplôme, c’est-à-dire sans reconnaissance de ce qu’ils pourraient apporter à la société.

Dans un tel contexte, les actes terroristes pèsent lourdement. Certes, ils donnent, à chaque fois, l’occasion de rappeler des principes sur lesquels est fondée notre société. Ils permettent même une expression des convictions autour de ces principes – manifestations dans le calme, drapeaux aux fenêtres, etc.- Mais ils fournissent aussi des arguments à ceux qui, au sein de la société française, ont envie d’en découdre, de ne plus « vivre ensemble ». Qui ne voit pas les expressions de plus en plus nombreuses du désir de partition ou d’exclusion ?

Or, la réponse autoritaire et le ton martial – pratiqués à outrance par le gouvernement et l’UMP – ne sont pas à la hauteur des enjeux et de l’époque car ils ne peuvent donner ni espoir, ni confiance à moyen terme. Il serait donc essentiel que les personnes candidates en 2017 puissent générer de la confiance, tant par les projets qu’elles porteront que par les comportements qu’elles incarneront.

Exemplarité, innovation, transformation bienveillante

Il est temps que le personnel politique prenne conscience du devoir d’exemplarité qui lui incombe. En terminer avec la course aux privilèges et aux avantages est impératif. Redonner de la noblesse à l’engagement politique, un passage obligé pour la crédibilité des solutions qui peuvent émerger.

L’innovation est devenu un mot « marketing », utilisé à toutes les sauces. Pourtant, il constitue un fil conducteur pour les idées, approches, solutions, expérimentations qui dans la plupart des domaines – rôle de l’Etat, organisation économique et sociale, système éducatif, etc. – permettront de promouvoir une nouvelle société et donneront l’espoir de la voir émerger.

La transformation bienveillante de la société française est l’axe nécessaire à la confiance et au « faire société ». Il faut remettre à plat bien des sujets sur lesquels nous n’avons pas changé depuis 70 ans ; et retrouver ainsi une exigence perdue par le maintien des habitudes et des organisations obsolètes. C’est une transformation dont nous avons besoin. Elle ne saurait être autre que bienveillante, car il ne s’agit pas de désigner des responsables (ou des boucs émissaires), mais de construire de nouvelles approches et organisations permettant à chacun de donner le meilleur de lui-même.

Nous aurons besoin de personnalités, d’hommes et de femmes courageux pour dépasser le conservatisme craintif dans lequel s’embourbent le corps électoral et la société française.