Archive for mai, 2016

Une école transformée

Actualitésle 24 mai 2016Commentaires fermés
En ce domaine aussi – l’instruction publique ou l’Education nationale – les solutions imaginées dans les partis traditionnels ne sont guère différentes et beaucoup – si ce n’est tout – devient une question de postures et de communication.
En moyenne, les élèves de notre Ecole comprennent moins bien les textes, les exercices mathématiques, les concepts scientifiques qui leur sont proposés. Chacun peut relativiser – les classements, les études, les multiples ouvrages sur le sujet – mais la réalité est palpable. Si on admet que le progrès de notre société repose sur un accès amélioré aux savoirs et aux connaissances, il y a là une contradiction que l’on doit résoudre.
Les critiques de notre système d’instruction publique sont nombreuses et viennent de toute part. Le manque de moyens est une critique majeure, et il ne manque pas d’arguments. Ainsi du montant constant en % du PIB que constitue la dépense éducative depuis 15 ans, alors que la dépense publique n’a cessé d’augmenter. Mais qui n’a pas le sentiment que l’argent ne résoudra rien, tant qu’une autre organisation ne sera pas proposée ?
Il est reproché à l’Ecole de se « libéraliser ». Est-ce le bon mot pour qualifier le fonctionnement une instruction publique séparant de plus en plus ceux qui disposent d’un capital savoirs/connaissances/argent fort (cours particuliers, écoles privées dont la fréquentation est en hausse constante) et les autres ?  Dès lors, qui peut penser que les quelques ajustements proposés autour des langues – fussent-elles mortes ou vivantes -, ou le mini-ajustement sur les rythmes des primaires, changeront l’école ?
S’il est commun de penser que la « réduction des inégalités » est une priorité supposée de l’Ecole, il n’est pas interdit de considérer que celle-ci est en fait totalement occultée par la crainte du changement. Or, il nous semble que l’heure est à la remise à plat complète de notre système d’instruction publique.
Qui parle aujourd’hui d’extension massive de nombre de jours d’école ? De réorganisation de la journée ? De méthodes différentes inspirées des progrès incroyables des neurosciences ? De réorganisation des collèges et des lycées dans une logique campus, c’est-à-dire ouverts toute l’année ? D’intégration aux collèges et lycées des autres acteurs de la société disposant de savoirs – association, entreprises, ONG -. De la révolution numérique de l’apprentissage avec les tutoriels et les cours en ligne permettant l’autoformation ? La réponse est malheureusement personne tant le débat est bloqué sur la recherche de boucs émissaires (les profs, les parents, etc.) et la nostalgie (l’autorité à restaurer, les savoirs fondamentaux à revaloriser, etc.).
C’est une révolution, pacifique, fondée sur l’intelligence et la bienveillance, dont a besoin notre système d’instruction publique. Une transformation qui donnera naissance à une organisation où chaque acteurs pourra donner le meilleur de lui-même. Il appartient aux mouvements plus jeunes, aux think tank, aux démarches citoyennes de le penser, puis de faire cette transformation. Il appartient aux candidats aux élections de proposer des transformations allant dans ce sens. Nous, nos enfants, les enseignants ont tout à gagner à imaginer l’école du XXIè siècle en déclinant différemment les espoirs de l’école républicaine : gratuité, laïcité, mérite.

Conservateurs/Progressistes, nouveau clivage ?

Actualitésle 20 mai 2016Sans commentaires

La saillie de notre jeune énarque-banquier d’affaires, E Macron pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu, a provoqué un rapide bouillonnement médiatique autour du vieux et traditionnel clivage droite/gauche. Elle révéle la tentation de bien des candidats à la présidentielle de s’inscrire dans son propre clivage.

Je ne saurai lui reprocher de vouloir ranger parmi les souvenirs le « gauche/droite ». Je me suis engagé en politique avec cette même conviction ; ai adhéré et défendu l’indépendance du Modem pour cette raison ; puis proposé des alternatives électorales à Lyon et avec 100%Citoyen dans la continuité.

Nous sommes d’ailleurs peut-être minoritaires à en être convaincus. Beaucoup de nos concitoyens se définissent encore à travers cette séparation. Je lui trouve deux défauts majeurs. Son contenu (de part et d’autre) s’est évidemment étiolé et repose pour l’essentiel sur des représentations anciennes du monde. Surtout, sa bipolarité n’est pas suffisante pour comprendre l’époque actuelle et proposer des approches/idées nouvelles. Gauche et droite représentent alors 2 formes de conservatisme.En cohérence d’ailleurs avec l’orientation prise par la politique française aux lendemains de la seconde guerre mondiale, entre un étatisme de droite – symbolisé par De Gaulle et ceux qui s’en revendiquent depuis -, et un étatisme de gauche – symbolisé par la longue et forte influence des communistes à gauche.  La conviction partagée par la majorité de notre personnel politique quant au fait que nous avons le meilleur « modèle économique et social » vient chapeauter l’ensemble.

Face à ces conservatismes, il est médiatiquement plus porteur de se présenter comme appartenant aux « progressistes », aux « hors-système », voire aux « patriotes » vs mondialistes, quand la défiance à l’égard des partis traditionnels est acquise. Cela porte-t-il pour autant des projets différents, des politiques différentes ? Rien n’est moins sûr. Je crois que la majorité de la société française est aujourd’hui conservatrice, essentiellement par nostalgie et par crainte de perdre le confort matériel acquis. 13.5 millions de retraités, vivant en moyenne, mieux que les actifs, près de 6 millions de fonctionnaires dont l’emploi est garanti, auxquels s’ajoutent 2.5 millions de salariés de grands groupes, constituent ce corps social qui considère ne pas avoir intérêt à transformer en profondeur les grands équilibres de la société française. Dès lors, qui seraient les progressistes ? Emmanuel Macron a propose une version consistant à bousculer quelques vieilles habitudes ou totem de la gauche (ISF par exemple) et rassembler « tous ceux qui veulent que ca bouge ». Le fil rouge est dynamique, mais il se réduit le plus souvent à la seule volonté d’adaptation permanente et sans fin au monde. Cela ne constitue pas un projet de société.

Un nouveau pacte économique et social

Il paraît nécessaire de penser une transformation de la société française car les principes du vieux pacte républicains, élaboré en 1945, ne donnent plus d’espoir. Et il est raisonnable de penser que nous pourrons faire mieux, avec intelligence et bienveillance. Un nouveau rôle pour l’Etat, moins bureaucratique et plus efficace là où la régulation est nécessaire, une nouvelle organisation du système éducatif, une ambition environnementale (autosuffisance énergétique et libération du pétrole), un nouveau deal économique et social entre capital et travail, etc. C’est presque une page blanche qu’il nous faut écrire ; et proposer alors un projet politique différent de celui porté par la grande majorité du personnel politique actuel.

La transformation de la société française, par la voie de l’intelligence et de la bienveillance, de l’expérimentation et des savoirs, est un horizon politique qui peut nous différencier, mais aussi rassembler ceux qui seraient tentés par le conservatisme ou le « bougisme ». La société française n’est pas binaire, les options qui s’offrent à nous ne le sont pas non plus. Ne le laissons pas penser par tradition ou confort.